La Prise éclectique

24 saison 3

Big Brother is already watching you

jeudi 29 septembre 2005, par darthbob

Contrairement à ce que je pensais, je ne me suis pas lassé de regarder une nouvelle fois « 24 ». Voici quelques réflexions sur cette série majeure de la télévision “post 11 septembre”, dont la troisième saison vient d’être diffusée en France.

Résumé des épisodes précédents

La première saison de « 24 » avait été un choc, par le format adopté (24 épisodes racontant chacun une heure d’une seule journée), la nervosité de la réalisation, le sujet abordé (le terrorisme) et le scénario machiavélique. Le suspense était réellement intenable et cela paraissait difficile de rééditer l’exploit.

La seconde saison avait repris les mêmes ingrédients : Los Angeles en toile de fond, la Cellule Anti-Terroriste (CAT), Jack Bauer bien évidemment, le héros indestructible, et le Président élu. Cette fois, c’était une bombe atomique qui menaçait L.A. ! Le second essai était transformé haut la main...

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Et c’est reparti pour 24 heures de folie !

C’est donc avec encore beaucoup de curiosité que j’attendais la troisième saison. La fin du dernier épisode de la seconde laissait augurer de nouvelles menaces terroristes abominables. Mais, cela laissait un sentiment mitigé : allait-on avoir droit à une répétition sans fin des mêmes recettes qui finiraient par lasser ? Les auteurs et producteurs n’allaient-ils pas tuer la poule aux œufs d’or ?

Ainsi, avant même le démarrage de la saison, on savait ce qui allait se passer : un virus mortel menaçait d’être répandu sur les Etats-Unis. Encore une fois, il faudrait faire appel à Jack Bauer pour enrayer le processus inéluctable qui s’était déclenché. Encore une fois, et c’est vraiment une sorte de malédiction ancestrale ou un manque de bol phénoménal, il n’aurait que 24 heures pour réussir...

Une recette éprouvée

Si vous ne voulez pas subir des révélations sur la troisième saison, ne lisez pas la suite. Merci

La recette de « 24 » est une bonne recette, mais il faut réellement beaucoup de talent pour écrire un troisième scénario d’affilée, qui doit tenir en haleine les téléspectateurs pendant vingt quatre épisodes... Le talent, il y en a, mais il y a aussi beaucoup de moyens. La série bénéficie d’un budget très important qui lui permet de tenir la route en terme de réalisme (équipements, armes, cascades, décors...)

Et puis, quand on a créé un personnage de la trempe de Jack Bauer : intelligent, courageux, résistant, mais aussi violent et surtout tueur impitoyable, comment se priver de lui faire vivre des aventures extra-ordinaires ?

Alors, on prend les mêmes recettes, et on recommence : Jack et sa fille Kim, employée pistonnée à la CAT, Tony et sa femme Michelle, le patron : Chapelle, le président : Palmer... et des méchants vraiment méchants.

Côté réalisation, pas de surprise : nervosité, caméra au plus près de l’action, split-screen, une horloge qui égrène les secondes pour faire monter la pression. Tout est réglé comme ... une horloge !

Virus, fais moi peur !

Les auteurs de « 24 » ont sûrement une liste des menaces les plus terrifiantes pour l’américain moyen (c’est à dire blanc, marié, allant à l’église et votant républicain). Cela leur permet de planifier toutes les prochaines saisons. En exclusivité pour la Prise, voici un extrait de cette fameuse liste :

Liste de menaces qui font très peur aux bons américains :
1 - Assassinat du président des Etats-Unis d’Amérique (Fait : 24 saison 1)
2 - Bombe atomique (Fait : 24 saison 2)
3 - Virus mortel (Fait : 24 saison 3)
4 - Ouragan, cyclone... (Fait : Katrina)
5 - Invasion extra-terrestre (à faire)
6 - Avions sur un gratte-ciel (Fait le 11/09/01)
7 - Annulation du SuperBowl pour cause de prise d’otages (à faire)
8 - Pénurie généralisée d’essence (à faire)
9 - Preuve irréfutable que Dieu n’existe pas (à faire)
10 - Perte d’un procès rendant la propriété de l’ensemble du territoire des USA aux indiens (à faire)

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Oh oui, moi j’ai vraiment peur de tous ces dangers...

Donc , pour la saison 3, c’est le virus mortel que les méchants ont tiré au sort. Il faut dire qu’organiser un acte terroriste avec des extra-terrestre ou un ouragan, ce n’est pas facile...

En fait, comme d’habitude, il suffit d’un ou deux épisodes pour avoir envie de continuer à suivre les péripéties de Jack à la poursuite du virus. Durant vingt-quatre heures, on assiste à toutes les tentatives possibles pour retrouver ces satanées fioles mortelles : achat, vol, échange, chantage, destruction...

Bien sûr, une guerre ne se gagne pas sans faire de dégâts collatéraux : les victimes se comptent par dizaines, voire même par centaines mais on n’en sait finalement rien du tout. Entre les fusillades, les interventions des troupes d’intervention, le nettoyage par Jack Bauer, les actes terroristes et autres meurtres gratuits, on ne sait plus où donner de la tête...

Mais le plus effrayant, c’est qu’on voit les dégâts causés par le virus sur des innocents. Pour accentuer l’horreur de la situation, les auteurs n’ont pas lésiné sur les gros plans des visages ensanglantés des pauvres personnes qui se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment. Quels salauds ces méchants quand même...

A tout seigneur tout honneur, Kiefer Sutherland est encore une fois impeccable. "Habité" par son personnage, il est parfait en homme de terrain, incontrôlable (sauf par le Président quand même !), impitoyable (dur, le métier de tueur) et héroïque (il se drogue pour infiltrer le cartel des méchants mexicains).

Il faut voir Jack se battre, prendre des coups et en donner encore plus. C’est le genre de héros capable de réfléchir sur un plan incroyable, tout en conduisant un 4x4 en centre ville, en téléphonant à la Cellule anti-terrorise, en regardant un plan sur son assistant personnel et en pointant une arme sur un prisonnier sur le siège passager... Impressionnant !

En plus, ce qu’on lui demande de faire est toujours à la limite.. Mais comme c’est le Président des Etats-Unis d’Amérique, chef du Monde Libre qui lui en donne l’ordre, il n’hésite pas trop. Il peut buter froidement untel ou untel, menacer de tuer une jeune femme innocente, torturer, voler, mettre en danger des dizaines de personnes, il a l’aval de la Maison Blanche. Mais attention ! C’est parce que c’est Jack Bauer, hein !

Des couples formés et déformés

Dans cette troisième saison, l’accent a été mis sur les couples plutôt que sur la "Famille" (durant la saison 1, on avait droit à la famille Bauer et la famille Palmer au grand complet). On a ainsi plusieurs couples à qui il arrive tout un tas de misères annexes à l’intrigue principale :

- Jack et Nina Myers : En fait, ils ne sont plus du tout un couple depuis que Nina a honteusement assassiné la femme de Jack. Mais, on retrouve avec plaisir l’affrontement au sommet du Chevalier Blanc contre la Dame Noire (magnifique Sarah Clarke, dans ce rôle de garce sans pitié)

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Kim Bauer, une blonde pistonnée à la Cellule anti-terroriste !

- Kim Bauer et Chase Edmunds : la fille de Jack, employée à la CAT est aussi amoureuse d’un jeune agent de terrain ! Bref, cette situation n’est pas très confortable, mais Kim ne recherche-t-elle pas, sans le vouloir, l’image du père ? (gros clin d’œil de psychanalyste de comptoir) Chase se révèle finalement aussi héroïque et capable de sacrifice que Jack... Incroyable, ça peut exister...

- Tony Almeida et Michelle Dessler : Celui qui devient directeur de la CAT (l’ancien a vu toutes ses cellules dispersées par une explosion nucléaire et le suivant est effacé par une vieille connaissance) est mariée à son bras-droit (très jolie d’ailleurs) Encore une situation complexe quand il faut allier le service de la Nation à la protection de sa "Famille". En fait, il est interdit d’hésiter : on protège la Nation à la CAT, on n’est pas des lopettes !

- Le Président Palmer et Cherry ex-Palmer : oui, je sais, ils ne sont plus ensemble depuis que l’ex-femme du Président l’a trahi. Mais, en cas de sale boulot, c’est à elle que Palmer fait appel. Encore une grosse bêtise qu’il faut essayer tant bien que mal de réparer par la suite... Cet affrontement apporte la preuve de l’incapacité de Palmer à gérer sa vie privée correctement.

- Wayne Palmer et Julia Milliken : le frère de Palmer sort avec la femme de Milliken, principal bailleur de fond de Palmer. Encore une histoire d’adultère, de lutte de pouvoir et de chantage... Pas joli, joli....

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Les Palmers Brothers

La technologie américaine : efficacité, rapidité.

Dans ce troisième volet des "aventures de Bauer au pays des menaces terroristes", il est impressionnant de voir les trésors de technologie employés par la CAT. Les agents de terrain ont droit à une batterie d’outils perfectionnés, puissants, efficaces et quasiment indestructibles : téléphones portables, assistants personnels, talkie-walkie, radars, pisteurs, micros, vidéos, véhicules en tout genre, armes par milliers, satellites...

Pour traquer des suspects, rien n’est laissé au hasard, rien n’est impossible.

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Allo, il me faut une surveillance satellite de la cabane au fond du jardin, vous la voyez ?

Exemple (fictif mais représentatif) : supposons que Jack Bauer sait qu’un méchant suspect de race indéterminée se trouve dans un bâtiment de l’administration et qu’il va lui échapper. Pas de panique ! Il appelle la CAT et demande immédiatement une surveillance satellite du bâtiment !

A la CAT, il suffit d’un clic de souris pour commander à la seconde près les images d’un satellite de surveillance pointé sur le bâtiment. Grâce à ce bijou de technologie, l’agent de service indique à Jack Bauer que trois personnes viennent juste de sortir du bâtiment, dans trois directions différentes ! Comment faire ?

Pas de panique ! Grâce à la comparaison des images satellites, des caméras de surveillance du trafic routier, des fichiers des plaques minéralogiques, des bases de données de la mairie ou de l’armée, des photos des présumés terroristes, il suffit de cinq minutes pour écarter les deux premiers suspects : une fillette de trois ans en tricycle dont les parents votent républicain et assistent à la messe tous les dimanches, un cul-de-jatte de soixante dix ans en fauteuil roulant (ça pouvait être une couverture mais les plaques militaires qu’il porte autour du cou sont vraies car il a perdu ses jambes au Viet-Nam )

Il reste alors le troisième suspect qui fonce à cent kilomètres/heure dans les rues de Los Angeles, au volant d’une voiture de police volée... (en fait, Jack a trouvé le policier égorgé derrière une poubelle et a failli se faire écraser par le méchant terroriste qui s’enfuyait) Ce qui fait que c’est Jack qui apprend à la CAT où il se trouve : trop fort Jack !!!

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On voit bien le véhicule s’enfuir à toute vitesse...

24 : Little Brother deviendra grand

En fait, « 24 » finit par devenir une vitrine de Big Brother. On croit que tout est possible grâce à la technologie ! Les agents de la CAT sont capables en un temps record d’agir sur n’importe quel système informatique : ils peuvent arrêter une rame de métro en cliquent sur un bouton ! Ils peuvent traquer la moindre transaction bancaire internationale en lançant un seul programme ! Ils peuvent analyser les archives vidéos de toutes les caméras de surveillance de la ville en un clin d’œil !

On se demande d’ailleurs pourquoi on n’a pas encore ces merveilles chez nous ? Imaginez que l’on puisse être averti instantanément dès que vous utilisez votre carte bancaire ou votre téléphone portable... Imaginez que toutes les informations vous concernant soient croisées et consultables à volonté de façon centralisée, sans demande d’autorisation préalable : fichiers d’état civil, de scolarité, militaires, de santé, casier judiciaire, relevés bancaires, d’assurance, impôts...

Tout devient possible au nom de la lutte anti-terroriste. Poussée à l’extrême, cette débauche paranoïaque de technologie mènerait à la traçabilité de tous les habitants. Et celui qui ne serait plus traçable, deviendrait instantanément suspect et pourrait alors être surveillé encore plus étroitement, de façon préventive. « 24 » est en fait représentative de l’époque post 11 septembre, une époque qui pourrait finalement se révéler comme celle qui a conduit les USA à édifier Big Brother pour se protéger du terrorisme...

Les méchants sont toujours de très méchants étrangers

Il est très gênant de voir que les méchants bandits ou les terroristes sont systématiquement étrangers. Dans la saison 3, on a droit au cartel mexicain de la drogue, ennemi juré de Jack Bauer. Ils ont carrément une armée de tueurs massée non loin de la frontière, prête à déverser des tonnes de drogue ou de virus sur les USA...

On a droit de façon systématique à des terroristes du moyen-Orient ou des pays d’Europe de l’Est, zones indéterminées pour l’Américain moyen où vivent sûrement des sauvages cannibales, assoiffés de sang de citoyens du monde libre.

Mais, comme ces troupes subalternes ne peuvent être capables de fomenter de si grands complots, le cerveau se révèle être un ancien espion anglais qui a retourné sa veste. On ne se méfie jamais assez de ses amis... Ce super-espion britannique, laissé pour mort par jack Bauer et le Monde Libre a décidé de se venger en tuant le maximum de gentils innocents...

Au final, on retiendra donc que le Monde, même s’il est Libre, grâce aux USA, est habité par des étrangers tous aussi méchants que fourbes... Il faut donc que les USA se protègent, s’organisent, forment des super-soldats, s’équipent d’armes efficaces, de technologies poussées et que chacun soit prêt aux sacrifices : perdre une femme, un enfant ou sa propre main...

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Ce Jack, il va m’attirer des ennuis, j’en mets ma main à couper...

Sous prétexte de divertissement, j’ai l’impression que le scénario de « 24 » entretient un sentiment malsain en privilégiant la violence et l’action militaire. Cela finit par admettre la supériorité de la force par rapport à la diplomatie, le dialogue et la coopération entre pays face aux terrorisme... Mais, cela ne tiendrait sûrement pas en vingt quatre épisodes...

P.-S.

24
Série créée par R. Cochran et J. Surnow (USA)
Années : 2001-2005 (quatre saisons)
Réalisateur principal : Jon Cassar
Principaux acteurs :
- Kiefer Sutherland
- Dennis Haysbert
- Elisha Cuthbert
- Carlos Bernard
- Reiko Aylesworth
- Penny Johnson Jerald
- Sarah Clarke
- James Badge Dale

1 Message

  • 24 saison 3 30 septembre 2005 13:53, par James

    J’ai quelques saisons de retard... avec mon épouse, nous hésitions entre l’intégrale des Charlots et la saison 2 de « 24 ». Grâce à ce brillant exp(l)osé, nous avons pu faire notre choix. Merci !

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