C’est terrible de voir un projet de 20 ans finir comme ça... Oliver Stone a tenu à bout de bras son rêve de porter à l’écran la vie d’Alexandre le Grand. Malheureusement, le résultat obtenu est complètement bancal, plein d’erreurs malheureuses et surtout n’atteint pas l’objectif initial : comprendre pourquoi Alexandre est devenu le plus grand Empereur que le monde ait connu.
Colin Farell est Alexandre le Grand. Il lance fièrement ses troupes à l’assaut de ses farouches ennemis, mate ses opposants et convaint ses généraux que l’avenir est à l’Est, aux confins des terres connues, vers l’Inde... Enfin, normalement c’est ce qu’on devrait retenir. Mais ce que l’on voit, c’est surtout un Alexandre traumatisé, écrasé entre son père Philippe (adulé de son peuple pour son tempérament de mâle dominant), et sa mère Olympias (manipulatrice, emplie de haine envers son époux, rêvant d’un destin grandiose pour son fiston adoré) Le manque de charisme de l’acteur est sûrement la raison principale de la fadeur de cet Alexandre.
Du coup, Oliver Stone nous montre de nombreuses scènes de confrontations entre ces trois personnages, insistant lourdement sur les caractéristiques des parents : la père est une brute, ivrogne, sanguinaire mais finalement son exemple est bon pour son fils... la mère est perfide, haineuse, la preuve : elle adore les serpents, qu’elle manipule comme le symbôle du Mal bien connu.
Alexandre, entre les deux, est donc bien fade, affublé d’un complexe à faire retourner Oedipe dans sa tombe... Oulala, le gamin il voudrait pas embrasser sa mère ? oui ? non ? oui ? non ? Ben non, c’est quand même un film holywoodien...

- Alexandre et sa maman
Angelina Jolie est la mère d’Alexandre. Comme l’actrice n’a que quelques années d’écart avec Colin Farel, il a fallut la vieillir. Pas une bonne idée. Mais elle tire tout de même son épingle du jeu comme charmeuse de serpents !
Alexandre a un ami sincère, Hephaïstion, qui l’aime d’un amour pur, sans arrière pensée. Mais là, malgré les regards de braise, les frôlements, l’envie réciproque, et bien Oliver Stone fait l’impasse et nous rappelle que le grand Achille avait un amant : Patrocle. Or, Achille est un modèle pour Alexandre. Conclusion ? Politiquement correcte, pas question de montrer que Alexandre le Grand avait des tendances homosexuelles (ou bisexuelles d’ailleurs) C’est simplement suggéré.
Tout ça est long, plein de redites, de dialogues pseudo-philosophiques, de références aux mythes grecs, de scènes inutiles n’apportant rien à l’histoire. Pour preuve, Anthony Hopkins est le narrateur, un Ptolémée sur le retour, dictant à ses scribes l’histoire d’Alexandre, puisqu’il en a été le témoin. Chacune des scènes où on le voit est totalement inutile et d’une longueur insupportable. On regarde alors le décor de pacotille : les statues en carton, les esclaves qui jardinent... N’importe quoi...
L’histoire est conduite d’étrange façon car chaque scène importante, avec tension qui grimpe et émotion qui monte est suivie abruptement par un paysage et un titre : "Huit ans plus tard..." Pour casser le ryhtme et éluder la majeure partie de la vie d’Alexandre, c’est gagné !
On est arrivé au 95% du contenu du film. Les 5% restants sont les deux scènes de bataille. Et là, rien à dire. C’est du grand spectacle. Une boucherie incroyable mais du spectacle quand même. Je retiens le plan où l’aigle survole les troupes avant la "célèbre" bataille de Gaugamèle.

- Même pas peur !
J’ai été déçu également par la brièveté des scènes à Babylone. Enfin, Oliver, on t’a pas donné assez d’argent pour nous montrer les jardins suspendus ? Une merveille comme ça ? C’était certes joli à l’écran mais très rapide, trop rapide à mon goût. J’aurais aimé une visite guidée des lieux. Tu nous en aurais mis plein la vue pendant cinq minutes ! Sur trois heures, tu pouvais montrer Babylone cinq minutes tout de même !
C’est dommage, ce film est raté mais je n’accable pas Oliver Stone pour autant. Comment résumer la vie d’Alexandre en deux heures ? Une succession de batailles ? Une succession de cités et de territoires conquis ? Une succession d’amants et d’amantes ? Une telle vie est-elle racontable entièrement dans un film ?
La Prise éclectique