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Arnaldur Indridason : la série « Erlendur »

Sous la glace, le talent

mardi 18 août 2009, par darthbob

Je n’avais pas connu ça depuis la découverte de la série « Scarpetta » qui, pour moi, s’est terminée brutalement, sans espoir de reprise.

Cet été, pour lézarder tout en prenant du bon temps, j’ai eu le bonheur de lire les deux premiers tomes de ce que j’appellerai la série « Erlendur » de l’auteur islandais Arnaldur Indridason ! Quel plaisir, quel suspense !

« La Cité des jarres »

Le premier livre s’intitule « La Cité des jarres ». Il met en scène un policier, basé dans la capitale islandaise Reykjavik, menant une enquête difficile sur la mort d’un vieil homme, retrouvé le crâne fracassé à son domicile.

Le point de départ est très classique. De toute façon, on peut difficilement faire original en terme de meurtre islandais, dirait l’inspecteur Erlendur. Celui-ci répète à qui veut l’entendre que les morts suspectes en Islande sont rares et se résolvent facilement : alcool, drogue, ou drame familial.

Mais, Erlendur Sveinsson est un flic qui est attiré par les mystères des anciennes disparitions, des énigmes non résolues, des morts pris par le mauvais temps et qu’on ne retrouve jamais. Ces faits relatés dans la tradition islandaise le passionnent et il dévore toute littérature qui y a trait.

Or, au cours de l’enquête, il s’avère que le vieil homme n’était pas un ange. Il aurait dans le temps, commis des viols restés impunis et peut être d’autres forfaits avec des individus peu recommandables.

Erlendur est aidé par deux autres policiers :
- Sigurdur Oli, un jeune homme amoureux des USA, assez impulsif, peu diplomate. Il est souvent agacé par les méthodes de son chef et ne comprend pas pourquoi de vieilles histoires oubliées doivent empiéter sur son boulot.
- Elinborg, une femme plus expérimentée, plus réfléchie. Une des rares femmes de la police islandaise qui fait appel à beaucoup de qualité humaine et supporte mieux Erlendur.

Le trio enquête donc sur le passé du vieil homme et retrouve petit à petit les protagonistes et les temoins d’une histoire sordide, pleine de surprise et de rebondissements.

Sans coups de feu, sans hémoglobine, sans vulgarité racoleuse, Arnaldur Indridason dénoue une intrigue complexe, pleine de souffrances refoulées qui aboutit des dizaines d’années plus tard par la mort d’un homme.

On retrouve du Fred Vargas dans cette histoire. Il faut des chemins détournés, de l’intuition et de la finesse pour aboutir, pour comprendre et accepter. Erlendur est un policier décalé, solitaire, hanté par des souvenirs douloureux, à la vie privée complexe et difficile.

« La Femme en vert »

Le second livre de la série s’intitule « La Femme en vert ». Il est à mon sens encore plus réussi que le premier. Il est bouleversant et marque l’esprit. J’ai eu du mal à me détacher de cette histoire.

Cette fois-ci, le point de départ est la découverte d’un squelette humain lors de la construction de pavillons en banlieue. Remontant à plus de quarante ans, ces os doivent impérativement être identifié. Erlendur met un point d’honneur à comprendre qui a été enterré à cet endroit auparavant sauvage, et surtout pourquoi.

Le récit de l’enquête est entrecoupé de petites scènes en italiques, qui décrivent la vie d’une jeune femme, tombée sous le joug d’un mari violent. Le calvaire de cette femme et des trois enfants est décrit de façon méticuleuse, sans concession, cruelle.

Au-delà de l’enquête policière, l’auteur décrit la violence conjugale telle qu’elle existe en Islande, chez nous et partout dans le monde : une femme réduite en esclavage, maltraitée, humiliée et enfermée loin de toute aide. La toute puissance du mari est également traité en profondeur : les cycles de paix et de guerre, les injures, les menaces sur les enfants…

Bien entendu, cette histoire rejoindra celle d’Erlendur, de manière subtile et captivante. L’écrivain réussit le tour de force de tenir en haleine le lecteur de bout en bout. Les personnages décrits sont magnifiquement décrits, avec humanité et humour. Tout n’est pas expliqué, certaines explications sont esquissées, laissant entrevoir d’autres drames, d’autres souffrances…

Le trio de policier gagne également en profondeur. Erlendur se débat dans ses problèmes personnels. Un troisième fil conducteur s’intègre dans le récit : la fille de l’inspecteur, droguée notoire, se retrouve enceinte et désire garder le bébé, malgré sa difficulté manifeste à stopper la drogue.

Le final de « La Femme en vert » réussit donc à prendre aux trippes le lecteur pour conclure les trois histoires parallèles de façon forte et bouversantes : qu’est devenue cette femme battue ? Qui était le squelette ? La fille d’Erlendur va-t-elle sauver son bébé ?

« La voix »

Finalement, j’ai acheté immédiatement le troisième tome lorsque j’ai terminé les deux premiers. « La Voix » conduit l’inspecteur Erlendur dans un hôtel huppé de Reykjavik où l’employé qui se déguisait chaque année en père noël pour les enfants est retrouvé poignardé dans sa chambre, le pantalon sur les pieds, un préservatif en place…

Arnaldur Indridason profite de la période particulière des fêtes de Noël pour dévoiler bien des choses sur les souvenirs qui hantent Erlendur. Sur un coup de tête, celui-ci décide de prendre une chambre dans l’hôtel afin de rester sur place pendant l’enquête. Subissant l’incompréhension de ses collègues, de sa fille et du personnel, il s’acharne à découvrir la vérité.

Car, une fois de plus, l’auteur entremêle le passé et le présent. Le meurtre ne peut se comprendre sans un examen du passé de l’homme : enfant, il possédait une voix magnifique qui l’avait conduit à chanter dans une chorale, à enregistrer deux disques et à connaître le début de la gloire. Jusqu’au jour fatidique ou il a mué et où sa vie a basculé.

Erlendur a l’intuition que le passé de l’homme expliquera le crime et il s’attelle aux secrets de famille, à la non coopération du personnel, aux mensonges des clients et à la pression du directeur de l’hôtel.

Passionnant de bout en bout, le récit est rythmé par des révélations, des surprises et des rebondissements. Parallèlement, la vie du trio de policier est effleurée mais les relations entre Erlendur et sa fille semblent trouver une nouvelle dimension, sans certitude sur l’avenir.

Conclusion

Avec trois premiers livres traduits, la série « Erlendur » se révèle formidable. Arnaldur Indridason a un talent sûr pour construire des récits entremêlant le passé et le présent sans complication excessive. A ce titre « La Femme en vert » est exceptionnel par sa construction, sa force et l’émotion qui s’en dégage.

De plus, l’auteur possède un sens de l’humour indéniable et une belle faculté pour décrire les personnages secondaires. Ils s’avèrent tous crédibles et apportent de la véracité au récit, que ce soit les témoins ou les suspects.

La série continue avec « L’Homme du lac » et « Hiver arctique ». En espérant que le souffle qui inspire l’auteur islandais ne retombe pas et que ces deux livres soient à la hauteur des trois premiers !

P.-S.

La série "Erlendur"
- Auteur : Arnaldur Indridason (Islande)
- Traduction de de l’islandais par Éric Boury
- Livres :
"La Cité des Jarres", ISBN 2-7578-0023-X
"La Femme en vert", ISBN 978-2-7578-0317-2
" La Voix" , ISBN 978-2-7578-0725-5
"L’Homme du lac", ISBN 978-2-86424-638-1
"Hiver arctique", ISBN 978-2-86424-673-2

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