La Prise éclectique

Blood diamond

Le diamant des enfants perdus

lundi 21 janvier 2008, par darthbob

Un film choc sur les atrocités commises en Afrique, voilà ce qu’est "Blood diamond". J’ai effectivement été bouleversé par l’histoire de la famille Vandy, en Sierra Leone, dans les années 1990. Il ne s’agit pas d’une aventure du temps des colonies, mais le récit édifiant des actes commis dans ce pays au nom de la liberté.

La Sierra Leone

La Sierra Leone a longtemps été considérée comme un pays calme, à l’abri des guerres civiles et coups d’état. Ses habitants vivaient en harmonie, dans un pays magnifique. Pourtant, la richesse du sous-sol fut autant une chance qu’un grand malheur. Les acheteurs de pierres précieuses et de diamants convoitent ces cailloux, cherchant à en obtenir toujours plus.

Situation géographique de Sierra Leone

Lorsqu’éclate une rébellion, c’est tout naturellement que les opposants au régime en place prennent le contrôle des zones abritant les mines et les rivières riches en diamants. Ils asservissent les habitants pour extraire les pierres et les exportent illégalement pour acheter des armes et augmenter de ce fait leur force de frappe.

La communauté internationale tente de s’opposer aux diamantaires, récupérant les pierres par des voies tortueuses, et dénonce ce quelle appelle les « blood diamond », les diamants de sang. Le film montre ce que cache ce nom étrange : l’homme est capable du pire lorsqu’il s’agit de faire fortune avec des diamants.

L’histoire de Solomon

Le film démarre par des scènes banales d’une famille de Sierra Leone, heureuse et paisible dans son village de pêcheurs. Le père (Solomon) explique à son fils (Dia) d’une dizaine d’années, qu’il doit bien travailler à l’école, être sérieux et discipliné pour devenir quelqu’un d’instruit et quitter son statut de pauvre.

Les images sont magnifiques. On se croirait dans un décor de carte postale. Tout cela semble paradisiaque : une Afrique rêvée, peut être un coin de Paradis sur Terre...

Sauf, que l’Enfer envoie ses dignes représentants attaquer le village ! Les troupes rebelles mitraillent la majorité des habitants, hommes femmes et enfants. Tout n’est que violence, atrocité, mutilations. Salomon fait fuir sa famille mais ne peut échapper à ses bourreaux. Leur chef le sélectionne pour travailler comme mineur dans une rivière proche, pour dénicher les diamants si convoités.

Solomon, mineur de diamants

C’est dans cette rivière isolée, encaissée par des collines boisées, que Salomon met la main sur un diamant rose d’une énorme valeur. Il tente de le cacher des yeux du chef des rebelles mais celui-ci le voit juste après que le prisonnier ait enterré la pierre.

Au moment où le mercenaire va tuer le pêcheur, une attaque des forces gouvernementales met en déroute le camp rebelle. Solomon et le chef rebelle se retrouvent enfermés dans une prison de la capitale. Le mercenaire, éborgné durant le combat, jure devant tout le monde de retrouver Solomon pour lui prendre le diamant caché et le tuer.

Archer, le soldat de fortune

C’est là qu’intervient Danny Archer, interprété par Leonardo di Caprio. Trafiquant de diamants, connaissant l’Afrique comme sa poche, il se retrouve également enfermé dans la même geôle. Attiré par cette histoire de diamant rose comme une mouche sur du miel, il fait libérer Solomon grâce à ses relations et tente de le persuader de lui révéler sa cachette.

Archer est un personnage haut en couleur. Les scènes qui le montrent en plein trafic nous le dépeignent comme un être rusé, courageux mais aussi surement très dangereux. Sous ses airs souriants et décontractés se cache un homme déterminé, sur le qui-vive et plein de ressources.

Deux êtres que tout oppose

La majeure partie du film permet au réalisateur de mettre en lumière les relations qui se nouent entre Solomon et Archer. Les périls qu’ils vont devoir surmonter ensemble sont nombreux : attaque de la capitale par les rebelles, poursuite par des mercenaires à la solde des trafiquants, marche forcée à travers le pays...

Le réalisateur démontre par cette relation frontale que l’homme n’est pas forcément tout bon ou tout mauvais.

Je te dis ce que tu dois faire, ok ?

Archer est un homme habitué aux mensonges, un trafiquant professionnel, doublé d’un soldat aguerri. Il est à l’aise lors des combats de rue et lors de la fuite nécessaire pour échapper aux rebelles ou aux trafiquants. Mais, cette aventure qu’il espère rentable le conduit finalement à s’interroger sur sa vie, son futur en Afrique.

Grâce au personnage de Maddy Bowen, pour lequel il finit par éprouver quelques sentiments véritables, il réfléchit sur sa vie de sud-africain rejeté, orphelin de père et de mère sauvagement assassinés, engagé dans l’armée aux côtés de militaires sans scrupules. La vie vaut-elle un diamant rose, fut-il aussi gros que Solomon le dit ?

Solomon, le père de famille calme et réservé, incapable de mentir, doit forcer sa nature, se faire violence pour survivre et surtout retrouver les siens, dispersés dans le pays. Sa femme et ses filles sont dans un camp de réfugiés alors que son fils unique est enrôlé de force comme soldat par les rebelles.

Il doit au fur et à mesure acquérir la capacité de convaincre ses interlocuteurs qu’il dit la vérité alors qu’il ment effrontément. Il doit également confronter son corps à l’action brutale, la violence et la guerre.

Solomon au bout de lui-même

Tout d’abord passif et guidé par Archer, il finit par agir lorsque son fils est en danger, au risque de perdre à tout jamais une part de lui-même.

Maddy Bowen, la journaliste américaine

Il fallait bien une romance dans ce film ! Alors une belle américaine, journaliste engagée, débarque dans la vie de Archer. Elle est à la recherche de preuves que le trafic de diamants n’est pas interrompu malgré l’embargo. Elle est sure que le sud africain peut l’aider à dénicher les pièces qui permettraient de confondre Van de Kaap, énorme diamantaire jurant qu’il a arrêté tout commerce de « blood diamond ».

Derrière le grillage, les réfugiés

Les relations entre les deux personnages sont malheureusement un peu cousues de fil blanc. Toutefois, on ne peut que tomber sous le charme de l’actrice (Jennifer Connelly), très crédible dans son rôle de fouille-merde ! Quelques scènes semblent un peu trop longues mais elles ont pour effet bénéfique de faire tomber la pression car elles succèdent souvent à des scènes horribles sur les enfants soldats.

Les enfants soldats, vrai sujet du film

« Blood diamond » vaut d’être vu pour sa dénonciation sans pitié des conditions de vie des enfants africains dans les pays en guerre. On a une idée effrayante de la séparation des familles, de la peur des parents de ne pas retrouver leurs enfants disparus, de l’entassement de centaines de milliers de personnes dans des camps de réfugiés clôturés mais on reçoit surtout en plein cœur la description de l’enfer des enfants soldats !

Dia, le fils de Solomon, est embrigadé de force par le chef rebelle. Celui-ci obtient ainsi un moyen de pression sur son père, attendant de le retrouver pour empocher le diamant rose. Plusieurs autres jeunes enfants sont capturés. Ils subissent tous un calvaire assimilable à un lavage de cerveau : tortures psychologiques et physiques, maniement des armes, meurtres sous la contrainte, drogue, alcool à volonté...

Ces jeunes enfants plongent d’un coup dans un univers où tout n’est que violence : violence de mots pour insulter leurs parents, les étrangers, les ennemis à longueur de journée, violence des ordres reçus pour les forcer à utiliser des armes, à devenir soldat, à embrasser la cause rebelle, violence physique pour les plus récalcitrants, violence guerrière lorsqu’ils partent au combat, équipés de mitraillettes, complètement drogués et fanatisés.

Le réalisateur parvient en peu de scènes à nous faire comprendre l’horreur vécue par Dia, la destruction de son être pour le remplacer par une marionnette dirigé par le chef rebelle. Lorsqu’on entendra parler d’enfants soldats en Afrique, on verra dorénavant le visage de Dia... et on aura une idée de quoi il retourne...

L’Afrique et ses malheurs

Le film esquisse quelques explications à tous ces événements tragiques. La Sierra Leone n’est malheureusement qu’un exemple parmi tant d’autres du déchainement de violence qui peut agiter un pays (en Afrique ou ailleurs).

La première explication est bien entendu la colonisation par les occidentaux. Lorsque ceux-ci assuraient leur domination, le commerce des diamants était paisible : d’un côté les riches blancs, de l’autre les pauvres noirs extrayant les pierres à la sueur de leurs fronts. Une fois le pouvoir laissé à un gouvernement "indépendant", cela a attiré les convoitises. La rébellion, encouragée par des éléments extérieurs, était inéluctable.

La seconde explication, plus subtile et moins politiquement correcte, est énoncée au détours d’une conversation entre Solomon et Archer. Le noir dit au blanc qu’il ne comprend pas comment les habitants de ce pays peuvent se faire ça à eux-mêmes. Car il s’agit bien d’une guerre interne à la Sierra Leone, pas de colonisation. Plus tard, Solomon parle des légendes de son pays, lorsque les anciens narraient les batailles entre villages, pour un vol de femmes. Est-il possible que les comportements guerriers se répètent inlassablement ?

La troisième explication est encore plus fataliste. Un personnage dit à un moment que les diamants sont un grand malheur pour la Sierra Leone. Et il implore que personne ne découvre de pétrole dans le pays ! Car les malheurs des populations de part le monde sont surement en grande partie dues à l’avidité : le pétrole, tout comme les pierres précieuses ou l’or (lire « l’or » de Blaise Cendrars par exemple) n’entrainent que destruction et aliénation pour la population et richesse abondante pour quelques personnes. Tout cela ne serait donc que fatalité ?

En conclusion, « blood diamond » est un bon film, bien interprété, qui, malgré quelques scènes convenues (l’histoire d’amour et la fin, surtout) traite de sujets rarement abordés au cinéma de façon très efficace.

P.-S.

Blood diamond (2007, USA)
Réalisé par Edward Zwick
Principaux acteurs :
- Leonardo DiCaprio,
- Djimon Hounsou,
- Jennifer Connelly

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