Avant de parler de ce film japonais, signé par un réalisateur très peu connu, n’ayant aucun lien avec Akira Kurosawa, il faut remercier Arte de l’avoir diffusé en VO sous-titrée, à 20h45. En effet, ce genre de film ne trouvera jamais sa place sur les autres chaînes françaises en raison de son caractère obscur et malsain mais grâce à Arte, on a eu droit à la découverte de "Cure", et ça valait le coup !
En quelques mots, on peut résumer "Cure" comme une enquête policière autour de meurtres abominables commis par des hommes sans aucun lien entre eux, incapables d’expliquer leur geste mais ayant tous signés leur acte d’une croix de sang sur leur victime.
L’inspecteur Takabe, chargé de l’enquête et secondé par un psychiatre, suspecte alors un jeune vagabond qu’il identifie comme un ancien étudiant en psychologie, amnésique et ayant d’inquiétants pouvoirs hypnotiques... Persuadé de sa culpabilité, Takabe s’acharne alors à trouver une explication et un mobile aux meurtres qui se sont succédés.
Kiyoshi Kurosawa a basé son film sur une enquête mais il s’agit d’une quête de la vérité et une fuite vers la folie. Le personnage de l’amnésique, incapable de communiquer avec les autres, en apparence, finit par trouver son double du côté de l’inspecteur. Celui-ci n’a d’autre choix que de le suivre dans sa folie pour peut être découvrir le mystère.
Mais, à la différence de bien d’autres films, "Cure" ne donne pas les réponses aux nombreuses questions qui se posent. Le spectateur est invité à réfléchir, à échafauder des hypothèses, à deviner ou imaginer le mobile, la vérité.
L’ambiance étrange qui se dégage est construite à partir des images, des couleurs, de l’absence de musique et de l’omniprésence des bruits métalliques et répétitifs. Les angles et la position de la caméra sont réfléchis et jamais anodins. On est tantôt spectateur ou acteur, éloigné ou très proche...
Quelques scènes sont réellement exceptionnelles d’intensité (quand Takabe rentre chez lui et découvre sa femme pendue, quand le psychiatre entre dans la cellule du suspect...). Avec peu d’effets, mais juste par un montage judicieux d’enchaînements d’images qui paraissent incohérentes (quand takabe "prend" le couteau de cuisine) on pénètre le malaise et on aborde la folie.
Il est difficile de retranscrire par l’écrit un tel film et même inutile. Profitez éventuellement de sa sortie en DVD pour le voir. Attention, ne vous attendez pas à un thriller hollywoodien, il s’agit d’un film étrange et ardu. Il faut faire un réel effort au départ pour trouver la cohérence du propos. Comme chez David Lynch, il est important de suivre chaque scène et de trouver ce qui se cache derrière !
La Prise éclectique