La Prise éclectique

Da dvsi Code

aussi appelée l’opération "over blog"

jeudi 2 mars 2006, par darthbob

Scène fictive de l’hiver 2006, réunissant quelques compères préparant une opération secrète au sujet des droits d’auteurs, tout en sirotant un vin chaud, au pied des pistes enneigées d’une célèbre station de ski suisse.

Major a invité Presse-Radio et Télé pour un week-end dans son chalet cinq étoiles de Suisse. Pour une fois, Star’ n’est pas là car le sujet est grave et ne concerne pas leur dernier succès en date.

Major est inquiet. Les événements de décembre 2005 lui ont laissé un goût amer. A la surprise générale, les parlementaires ont en effet défiguré son projet de loi sur les droits d’auteurs, concocté aux petits oignons dans une superbe stratégie pré-réveillon de Noël. Au lieu d’un verrouillage des droits d’auteurs et une suppression des droits des clients, il a assisté impuissant au vote d’une ineptie post-communiste : la Licence Globale !

Pour préparer la riposte, il a convié Vab’, responsable du dépôt de la future loi, pour un après-midi de travail. Le bon air helvétique et la présence de Presse-Radio et Télé ne pourront être que profitable à l’élaboration du plan B. Il prend la parole pour présenter l’objet de cette réunion, avant d’accueillir l’homme politique :

- Mes amis, il est temps de se préparer à recevoir Vab’ commença-t-il simplement.
- Il nous évite autant qu’il peut ! dit alors Télé, exaspéré de passer au second plan des préoccupations de Vab’.
- C’est pourquoi il faut bien lui faire comprendre que toute son attention et toute son énergie doit maintenant être consacrée à notre Projet, dit Major en plissant les yeux, plus d’éparpillement !
- Ouais, les intermittents, les Césars, les inaugurations de Musée ... Rien à foutre ! dit Télé en s’enflammant.

Comme Major connaissait bien ses deux amis, il sût qu’il fallait user de diplomatie pour qu’ils ne gâchent pas le plan qu’il préparait depuis le mois de décembre.

Vab’ pénétra alors sur la terrasse du chalet, précédé par un domestique aux gants blancs. Il avait encore dans les yeux les paillettes et les bulles de champagne de sa rencontre avec "50 pences", le célèbre rappeur américain.

- Ah, mes amis ! Quelle matinée ! s’exclama-t-il en serrant mollement la main de chacun des invités.
- Bienvenue, Vab’ ! s’écria Major, forçant le ton pour exprimer la joie qu’il ne ressentait pas.
- Si je vous racontais ma rencontre avec 50 pences, vous n’en croiriez pas vos oreilles... commença l’homme politique
- Ouais, sûrement, mais on a autre chose à faire, coupa Télé qui avait eu vent des mœurs du rappeur lorsqu’il avait participé à un programme musical télévisé présenté par Arthur l’année passée.
- Oui Vab’, dit calmement Major en faisant asseoir son invité, tu comprends, il est important que nous nous penchions sur le sujet qui nous a tous réuni aujourd’hui.
- Mais, j’ai travaillé durement ces dernières semaines ! commença Vab’

Les paillettes et le strass furent aussitôt remplacés par l’inquiétude dans les yeux du politique. Bien qu’ayant répondu aux nombreuses sollicitations des journaux, radios et télévision de Presse-Radio et Télé pour marteler que son projet de loi était une avancée majeure pour la Culture et un signal fort pour arrêter les « pirates de l’internet », il savait qu’il n’avait pas réussi à convaincre.

Pourtant, Vab’ avait le sentiment de faire son travail de façon sérieuse et il était convaincu d’oeuvrer pour le bien de ses amis les artistes. Major, Presse-Radio et Télé le harcelaient depuis des mois : fait ceci, dit cela, ne fait pas ceci, arrête de parler de cela... De plus, ses amis du parti avaient les pires difficultés pour comprendre le sujet de la loi. Et lorsqu’il avait voulu inviter des experts du domaine au sein de l’Assemblée, tout le monde lui était tombé dessus...

- Ecoute Vab’, lui dit Major en le regardant fixement, l’affaire de décembre est oubliée. Il faut se concentrer sur l’adoption de ta loi dès février, mars au plus tard.
- Je sais Major, répondit le politique, mal à l’aise
- On a donc peaufiné notre stratégie. Il s’agit de bien faire comprendre aux gens que ça suffit comme ça. On ne peut pas continuer le laisser faire et l’impunité. Les trois amis présentèrent alors les grandes lignes de leur plan pour faire accepter la loi :

Communication

- Très important de communiquer nos arguments et ne laisser filtrer aucun des arguments adverses, commença Major
- On va marteler nos arguments dans tous nos journaux dès maintenant dit alors Presse-Radio
- Et nous, on va faire un black-out total, continua Télé, ça n’intéresse pas les téléspectateurs et on va baisser nos audiences avec ces conneries
- Vab’, il va falloir occuper le terrain médiatique, et s’il te plaît, demande à tes copains de se taire sur le sujet.

Soutiens

- Pour marquer les esprits et gagner des supporters, on mobilise nos meilleurs artistes sur le coup, s’exclama Major, sûr de lui. On a lancé une pétition pour ça. On va faire signer les plus gros cachets du show-biz !
- Super ! s’écria Vab’
- Tu vas voir qu’on va relayer l’info sur tous les supports ajouta Presse-Radio
- Pas nous, les pétitions, ça donne rien à la télé.
- Comme ça, ils pourront toujours nous balancer leurs pétitions, on sera armés pour répondre et les ridiculiser ! conclut Major.

Orientation du débat

- Attention, Vab’, on va te fournir un argumentaire pour expliquer exactement comment faire passer la loi.
- Oui, ce serait bien, dit Vab’, impressionné par tant de maîtrise.
- Voici sur quoi il faut focaliser l’attention du public : si on ne passe pas cette loi on aura 1) des artistes qui ne gagneront plus leur vie 2) des chômeurs en plus 3) des pirates qui feront la loi !
- Pour marquer les esprits on passera des cinéastes et des chanteurs qui diront qu’ils ont peur de ne plus pouvoir gagner leur vie, ajouta Télé.
- En fait, ils diront qu’ils ont peur que les jeunes artistes se retrouvent au chômage : deux mots importants sur lesquels il faut insister : jeunes et chômage ! confirma Major
- Oui, dit Presse-Radio, mais il faut aussi démontrer les bienfaits de la loi !
- J’y arrive, s’exclama Major, la loi doit passer pour : 1) protéger les artistes 2) Obéir à Bruxelles 3) donner des amendes aux pirates
- 38 Euros par téléchargement ! s’exclama Vab’ qui avait subitement raccroché les wagons
- C’est ça, acquiesça Major, une petite somme qui passera inaperçue et te permettra de dire que tu as fait un compromis.
- Excellent ! fit Vab’ en buvant une gorgée de vin chaud refroidi
- Pour finir : pas un mot sur les sujets que personne ne comprend comme l’interopérabilité, les logiciels libres ou les DRM. Il ne faut pas embrouiller les esprits avec ça et ce ne sont que des détails inutiles balancés par les pirates ! précisa Major, retenant son souffle.
- Ah ! là je suis d’accord, dit Vab’ tout penaud. On m’a déjà expliqué l’interopéra-truc-machin mais je n’y comprends rien... ça m’arrange d’éviter ces sujets, je préfère parler des artistes.
- Voilà ! ricana Major. Tu as parfaitement raison. Focalises-toi sur ce que tu connais le mieux.

Major fit une pause pour laisser le temps à son invité de reprendre ses esprits. Presse-Radio et Télé se regardait, un sourire au bord des lèvres. Tout se passait parfaitement. Il restait donc à révéler une arme ultime contre les principaux ennemis de la loi.

Un blog ? non, un over blog !

- Vab’, dit-il gravement. Pour être sûr de réussir notre entreprise, j’ai pensé à quelque chose d’innovant et de moderne, capable de renverser un grand nombre de barrières entre le public et toi !
- Ah ? fit le politique
- Oui, les principaux opposants au projet s’organisent sur Internet, ils utilisent les moyens mis à leur disposition pour répandre leurs arguments, lancer des pétitions et ça fait du bruit.
- Oui, la désinformation ! soupira Vab’
- Et nous, fit Presse-Radio chagriné, on ne peut pas lutter contre ça ! Les gens vont sur Internet au lieu de lire nos journaux...
- C’est pourquoi, j’ai trouvé une solution radicale pour lutter à armes égales avec les pirates et diffuser nos arguments et ridiculiser les leurs. Avec ma solution, on pourra démontrer que cette loi est moderne, dynamique et porteuse d’espoir ! s’enflamma Major
- Ouais ! ça a l’air chouette fit Vab’ en frappant dans ses mains. On crée une cérémonie où je donnerais des prix aux artistes ?
- Mais non, répondit Major consterné, on te crée un blog !
- Oh ! Mais c’est compliqué un blog...
- Ne t’inquiète pas, Vab’, Je me suis permis d’inviter un de mes bons amis qui va t’expliquer comment il faut procéder.

Major fit signe au majordome d’introduire la personne qui attendait dans un petit salon discret.

- Vab’, fit Major, je te présente Pub, un excellent professionnel, leader dans son domaine.
- Bonjour, fit Vab’ intimidé.
- Bonjour Messieurs, fit Pub adressant un clin d’œil à Presse-Radio et Télé
- Pub, dit Major, peux-tu expliquer ton plan s’il te plaît ?
- Avec plaisir. Je vous propose de créer un blog dédié au sujet qui vous occupe : le téléchargement de produits culturels. Nous sommes capables de vous livrer, clé-en-main, un blog interactif qui présentera vos arguments de façon adapté au cœur de cible représenté par les internautes : de jeunes hommes de moins de trente cinq ans.
- Ah ? fit Vab’
- Grâce à Major, nous y proposerons en exclusivité des témoignages d’artistes choisis qui exposeront leur avis sur des points précis.
- Les points évoqués dans le chapitre « Orientation du débat », précisa Major.
- Bien sûr, nos meilleurs ingénieurs seront mis sur ce projet si vous nous donnez le feu vert. Nous sommes prêts à mettre en place une équipe performante pour répondre aux nombreuses interventions des internautes.
- Ainsi, cher Vab’, conclut Major, tu auras démontré ton dynamisme et ta connaissance des nouvelles technologies. Internet sera le relais de tes idées et de ton projet de loi !
- Ça m’a l’air formidable ! dit le politique.
- C’est formidable ! ajouta Télé. On en parlera dans nos JT assurément.
- Nos magazines vont adorer ! dit Presse-radio pour enfoncer le clou.

Et c’est ainsi que s’acheva la réunion au sommet, en ce beau jour de janvier, dans un canton suisse ensoleillé. Vab’ fut appelé par le Premier Ministre, puis le Ministre de l’Intérieur qui lui demandèrent des éclaircissements sur sa prochaine loi. Il fut heureux de pouvoir répondre par un argumentaire précis et détaillé, même s’il se demanda au bout d’un moment s’ils n’étaient pas déjà au courant de la stratégie...

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