Une série policière sombre et inquiétante, avec des personnages complexes, ça existe encore ! « Dans la tête des tueurs », diffusée sur M6, a attiré mon attention, bien que ce soit une rediffusion !
Pourtant, le sujet a été maintes fois rabâché au cinéma et à la télévision : une équipe d’enquêteurs du FBI poursuit des tueurs particulièrement retors. Bien sûr, on n’évite pas les terribles serial killers, mais il peut s’agir aussi de violeurs, pyromanes ou autres pervers camouflés sous des apparences anodines.
De bons personnages d’enquêteurs
L’équipe ressemble à celle de « FBI, portés disparus » : un chef autoritaire (Peter Coyote) et quatre agents (deux hommes et deux femmes). Il n’a suffit que de quelques épisodes pour approfondir leurs caractères, leurs qualités et défauts et les rendre attachants. C’est rare. D’habitude, il faut une ou deux saisons pour déceler les failles des héros.
Peter Coyote interprète Virgil Webster, le chef au caractère froid et exigeant. Il ne lui faut que quelques mots pour donner ses ordres et prendre les décisions. On comprend au bout de quelques enquêtes qu’il manipule à la fois ses hommes et les suspects. Il a en effet choisi son équipe pour les qualités particulières de ses membres, pas forcément avouables.

Jay Harrington campe Paul Ryan, enquêteur doué qui a un sens du devoir et de la justice très poussé. Il semble être le protégé de Webster et assume le rôle de courroie de transmission entre les directives de son patron et le reste de l’équipe. Il voit pourtant d’un drôle d’œil l’arrivée de Rebecca Locke au sein du bureau.
Rachel Nichols, actrice blonde et mince, au physique de top model, partait avec un gros handicap pour moi : elle allongeait la liste des héroïnes sans saveur sensées attirer le public féminin qui s’identifient à elles. Elle se tire finalement assez bien de son rôle très ambigü !
Rebecca Locke cache en fait sa véritable identité car elle a fait les gros titres des médias, quelques années auparavant. Elle a été enlevée et séquestrée pendant dix huit mois par son ravisseur. Elle s’est échappée de façon mystérieuse, sans aucun souvenir de la façon dont elle a pu sortir des griffes de l’inconnu qui la séquestrait.
Le personnage de Rebecca Locke
Virgil Webster décide de faire venir la jeune Rebecca dans l’équipe car il a décelé en elle une capacité exceptionnelle à se mettre dans la tête des tueurs. Elle sait déceler la part sombre des suspects, décrire le cheminement de leurs pensées, de leurs pulsions, de leurs actions. Ses indications sont donc précieuses pour les enquêtes difficiles qui échouent sur son bureau.
Rebecca cache pourtant beaucoup plus que son identité. Elle camoufle ses angoisses, ses cicatrices et ses peurs sous un masque impassible. De temps à autres, tout cela ressort de façon soudaine, à cause d’une odeur particulière, d’un lieu ou une scène anodine. Elle revit par flashs des scènes issues de sa séquestration, ce qui ne manque pas de la déstabiliser.

La façon d’introduire ces flashs ou ces souvenirs dans l’histoire est bien faite. On ne distingue jamais vraiment ce qui l’angoisse, ce qui lui fait peur. Tout est suggéré par des images quasi subliminales.
Par moment, le réalisateur filme Rebecca de dos, légèrement de biais. Le corps totalement immobile, la jeune femme semble tétanisée. Sa longue chevelure cache entièrement son visage. On ne peut alors deviner quelle émotion passe en elle : crainte ? tristesse ? angoisse ? Elle répond de façon mécanique à ceux qui lui parlent.
Une fois, la jeune femme s’est retournée alors qu’elle venait de parler au téléphone en se faisant passer pour une suicidaire au bord des larmes. Le désespoir que l’on entendait dans sa voix bluffait toute l’équipe, qui la regardait sans pouvoir voir son visage. A leur grande surprise (et celle du téléspectateur) lorsqu’elle a raccroché et qu’elle s’est retourné, Rebecca paraissait sereine et contente de sa prestation, qui avait glacé le sang de tout le monde !
Cette scène marquante a définitivement fait basculer la série dans la noirceur totale. On devine alors que la frêle jeune femme s’avère beaucoup plus complexe qu’on ne le pensait. Le reste de l’équipe devra faire avec cette ambiguïté, au risque de découvrir de mauvaises surprises .
Le personnage de Paul Ryan
Paul Ryan a tout pour être heureux : marié à une belle jeune femme, il va prochainement être père. Pourtant, son métier difficile empiète sur sa vie privée. On ne peut sortir indemme des enquêtes dont il s’occupe.
Sa relation avec Rebecca Locke sera le révélateur des liens qui l’unissent à son chef, Virgil Webster. Auparavant, c’est à lui qu’il confiait la direction des enquêtes ou des parties les plus difficiles : interrogatoires, arrestations… Confiant dans son rôle de traqueur de meurtrier il vivait son métier comme la lutte du bien contre le mal.

Rebecca le perturbe alors énormément. Sa faculté de profiler le laisse perplexe : peut elle deviner les motivations des détraqués sans éprouver elle aussi leurs pulsions malsaines ? Est-elle saine d’esprit ? Les événements qu’elle a vécu pendant dix huit mois ne l’ont-elle pas fait basculer du côté obscur ?
Les autres membres de l’équipe le préviennent de ne pas enquêter sur Rebecca car cela ne lui attirera que des ennuis. Ils lui demandent s’il n’est pas attiré physiquement par elle ?
Sans révéler la suite de la série, qui présente de nombreuses révélations et rebondissements, on peut dire que Paul finira par comprendre réellement pourquoi il a été choisi par Webster et surtout décidera de changer sa façon de voir le monde : fini le noir et blanc, place au dégradé de gris….
Une série palpitante mais inégale
Ce qui marque chaque épisode de « dans la tête des tueurs » est le fait qu’il n’existe pas que des bons et des méchants. Les tueurs peuvent avoir des motivations ambigües, des circonstances atténuantes. Les enquêteurs ne sont pas non plus des super héros invincibles.
Cela a déjà été vu, mais ici, on est dans « le silence des agneaux ». Le monde est désespérant. Chaque personne a des failles, des secrets et des envies pas forcément reluisantes.
Selon les épisodes, on peut assister à une enquête pleine de suspense et riche en révélations sur les personnages récurrents, ou bien à une histoire déjà vue, moins convaincante et donc décevante.
Bref, la série, sans être un chef d’oeuvre, tranche par moment avec la production industrielle habituelle des Etats Unis. Sa noirceur est sûrement la raison principale de son arrêt.
La Prise éclectique