Voila une série américaine qui est un pur divertissement. Tout est de qualité : le casting, l’interprétation, la réalisation, les décors, le scénarios, les personnages, le suspense...
Je n’ai pas beaucoup de critique à formuler, et c’est rare !
Certes, la fin de la première saison laisse à penser que les producteurs vont tomber dans le travers de toutes les séries : faire durer le succès en employant la même recette (voir Lost et 24 pour s’en convaincre). Mais cette première saison vaut vraiment la peine d’être vue !
Comment la série a-t-elle pu connaître un tel succès auprès du public et auprès des critiques ?
Un humour corrosif
A mon sens, parce que « Desperate housewives » est d’abord une série très drôle ! Les dialogues sont excellents, fins et toujours plein de trouvailles. Les répliques font mouche à chaque coup. L’imagination et le culot des créateurs de la série semblent sans limite.
Les personnages ne sont pas tout blanc ou tout noir. Chacun présente une face positive et un revers négatif qui les rend humains et attachants, loin des habituels héros indestructibles ou des méchants impitoyables.

- Oh non ! ça recommence... j’ai encore agressé un gay !
L’humour est présent à travers tous les personnages, ce qui est rare ! Souvent, les auteurs de série désignent un personnage comique pour désamorcer les situations dramatiques et orienter les gags : il s’agit souvent d’un benêt ou d’une personne grossièrement ridicule.
Ici, chaque personnage possède un potentiel comique : la maladroite, la personne dépassée par ses enfants, la maniaque du rangement, le mari naïf, le mari violent, la voisine casse-pieds... Ce qui fait qu’on est souvent surpris par les réactions d’un personnage.
Une galerie de femmes très originale
Grâce à un casting très rusé, les auteurs de la série ont trouvé la parfaite correspondance entre acteurs et personnages :
Bree (Maria Camp) est une rousse, obsédée par l’ordre, la propreté et le bien. Elle pense avoir réussit son mariage et l’éducation de ses enfants. Elle déchante en découvrant que tout n’est que mensonge et hypocrisie autour d’elle.
Gabrielle (Eva Longoria) est l’épouse de Carlos Solis, un riche homme d’affaire latino qui se révèle brutal, menteur, escroc et affublé d’une mère soupçonneuse et insupportable. Elle entretient des relations intimes avec son jeune jardinier et doit user de tous ses talents et de toute sa ruse pour éviter les ennuis.
Lynette (Felicity Huffman), la blonde, a abandonné sa carrière prometteuse pour élever ses fils aussi turbulents que désobéissants. Elle gère la maison à cent à l’heure tandis que son mari est obnubilé par sa propre carrière et l’image de famille idéale qu’ils sont sensés renvoyer à l’extérieur,
Susan (Teri Hatcher), la brune divorcée, vit avec sa fille, adolescente. Elle désespère de trouver un homme qui la comprenne et l’aime. Son rêve d’homme idéal semble aussi inaccessible que l’arrêt de ses maladresses catastrophiques.

- Mais pourquoi il n’y a pas un homme qui m’aime ???
Autour de ces quatre femmes aux caractères bien trempés, gravite une galerie de personnages secondaires épatants et convaincants, qui font réellement avancer l’histoire sans jamais la ralentir ou ennuyer le téléspectateur.
Les personnages qui, à mon sens, sont les plus réussis sont :
Tom (Doug Savant), mari de Lynette. Il faut voir son regard dépassé face aux catastrophes engendrées par ses fils et par les reproches que lui fait sa femme ! Beaucoup d’hommes se reconnaîtront dans ce personnage : satisfait de sa petite vie de père tranquille, inconscient des difficultés que sa femme peut vivre en restant au foyer,
Julie (Andrea Bowen), fille de Susan, prend souvent les choses en main quand sa mère se laisse dépasser par son anxiété et sa maladresse chronique. L’adolescente semble plus mûre que sa propre mère, comme si leurs rôles s’inversaient et qu’elle devait protéger le foyer.
la mère de Susan, est une femme complètement déjantée, qui vit la vie à fond, sort beaucoup, aime les hommes et provoque sans cesse sa fille. Elle ne comprend pas qu’elle ne profite pas de la vie autant qu’elle ! L’actrice joue à merveille la partition de la femme libre, un peu cruche, égoïste et maladroite.
Un peu de provocation ?
« Desperate housewives » égratigne le politiquement correct avec délice. Les sujets abordés sont volontairement provocants. On flirte sans cesse avec le sexe (mais ça reste très distingué) : le sado-masochisme, l’adultère, les fantasmes, la prostitution, la jalousie... Tout y passe. On est loin des simples coucheries des soap habituels (X qui couche avec Y qui le trompe avec Z), qui ne risquent pas de trop choquer les américains.

- Chérie, sais-tu ce que j’ai envie de faire ?
Les auteurs réussissent à trouver des angles comiques inédits et provocants. Par exemple, lorsque Tom et Lynette se jettent l’un sur l’autre dans le canapé pour faire l’amour, après une longue absence du mari, et que celui-ci se plaint, horrifié, de l’odeur de sa femme. Celle-ci lui lance alors à la figure que c’est l’odeur caractéristique de la bave de bébé et que ses vêtements sentent tous cette odeur et qu’elle n’y peut rien !
Mais, d’autres scènes, loin du comique, laissent sans voix, à cause du cynisme affiché par les personnages. Par exemple, le fils adolescent de Bree, dégoûté du comportement de sa mère, finit par jouer à l’enfant modèle. Tout porte à croire qu’il a décidé de rentrer dans le droit chemin, lorsqu’il confie au prêtre qu’il joue la comédie et que son seul but est dorénavant de trouver le bon moment pour détruire la vie bien rangée de sa mère ! Cette scène reste gravée dans la mémoire par sa force et la violence du discours, sous des allures distinguées et polies.
Pas de temps mort
Le rythme de « Desperate Housewives » est endiablé. De nombreuses histoires courtes sont entremêlées avec un fil conducteur dramatique : une des femmes les plus réputées de Wisteria Lane se suicide. Ses meilleures amies et voisines enquêtent alors sur sa mort inexpliquée et finissent par découvrir des secrets inavouables.
Chacune des quatre femmes, amies et voisines, est au prise avec ses démêlés sentimentaux : conserver son mariage intact ou recherche l’âme sœur. Elles ont toutes en tête l’image d’un foyer douillet, plein d’amour, de sincérité et d’enfants parfaits. Mais, au jour le jour, on découvre la vérité derrière les façades des belles maisons de cette rue huppée.
Le ressort dramatique est prétexte à ménager le suspense. Mais en dehors de cette enquête classique menée par des amatrices maladroites, on assiste à la vie quotidienne de ces femmes au foyer.
Et, les auteurs ont décidé de les montrer sous un jour original : elles sont désespérées de leur vie ! Elles n’en peuvent plus et rêvent d’évasion, d’un miracle pour les déloger du piège doré où elles (se) sont enfermées.
Critique de la famille idéale
Les auteurs de la série réussissent à divertir en abîmant l’image de la famille idéale américaine. La majorité des séries américaines est en effet basée sur la force du noyau familial. Une famille unie et sincère peut combattre l’adversité et, malgré les problèmes, finit toujours par récompenser ses membres grâce à l’amour qu’ils ont les uns pour les autres.
Les exemples sont nombreux :
« Ma sorcière bien aimée » qui voit la sorcière défendre sa famille contre tous les dangers qui la guettent, y compris sa propre mère.
« la petite maison dans la prairie » qui est l’emblème de la famille blanche, croyante et bien élevée qui reste unie malgré les aléas de la vie.
« Cosby show » qui répète les mêmes stéréotypes mais avec une famille noire
« le pasteur et ses enfants » : la série des bons sentiments où le père est un pasteur qui élève ses enfants aussi bien que ses paroissiens.
« Desperate housewives » ne tient pas ce discours, mais n’est pas anti-mariage ! La série montre que sous le vernis élégant, si on gratte un peu, une famille peut s’avérer un enfer. Le discours dominant de la société américaine s’avère alors hypocrite et illusoire. Les mères de famille peuvent être au bord de la crise de nerf, elles en ont le droit, et il n’est pas question qu’elles culpabilisent seules de ce fait...
On voit qu’un enfant n’est pas forcément voulu, qu’il n’est pas forcément gentil, pas forcément charmant avec ses parents, à tout âge.

- Oh mon Dieu, mais qu’est ce que nos enfants ont fait ?
On voit qu’un mari peut être absent, violent ou indifférent, mais qu’il existe des hommes gentils, fidèles qui ne sont pas forcément mariés.
On voit qu’une mère n’est pas forcément tendre et aimante avec ses enfants car elle a son propre caractère, ses propres peurs et ses propres défauts.
Il faut arrêter de faire croire qu’avec l’amour, tout s’arrange et tout finit dans la joie et l’allégresse du mariage. La vie n’est pas si simple. Même avec la meilleure volonté du monde, on peut échouer.
La Prise éclectique