La Prise éclectique

Hawaï

le javalbum de l’an 2000

samedi 20 septembre 2003, par Kliké

Imaginez : dans la cuisine, écoutant d’une oreille distraite une radio moribonde de l’année 2000, le mélomane à l’affût désespère de ne point se faire ravir l’oreille et les papilles musicales. Quant, tout à coup, on entend ça :

"laissse toi berçy par le rythme sacadet, ma musique s’est perdu dans les couloirs, t’es sur l’bon rail en dupleix du quai de la rapée, odéon joue nos vie, c’est ça lazare..."

Sur le boum-boum facile du couple basse/batterie et d’une ryhtmique qu’un accordéon (? ?... oui, c’est bien ça, un accordéon !) assume sans états d’âme pour évoquer le ton volontairement musette et titi parsien, celui qui tient le mic’ énonce d’un flow inarticulé une histoire où se mèlent "à peu près" et confusions sonores. On croit entendre un rap vindicatif, mais c’est un exercice de style où dans chaque phrase, les stations de métro se succèdent.

Je monte le son, le poste grésille. Tentant d’échapper aux pollutions sonores qui ne manquent pas de se mainfester au nom du respect de la loi de Murphy, je rate le laïus du speaker. Rhâh... Argl... et toutes ses choses qui sortent de la gorge quand on ne sait plus quoi dire. "INJURES CENSUREES !", finis-je par éructer, "Pour une fois qu’on entend un truc qui sort de l’ordinaire, je sais pas ce que c’est !"

Il me faudra deux longues années d’enquête difficile, deux ans de quête vaine, d’errances de grandes surfaces en disquaires, à fouiller de manière systématiques les bacs à légumes et à cédés, à poser des questions floues genre : "Bonjour monsieur le vendeur, je cherche un album dans lequel il y a des jeux de mots avec des stations de métro, vous avez ça ?" Grossissement des joues, œil torve et vide de toute lueur, suivi de la fatale flatulence buccale et du sententiel borborygme "Konépo [1]..." quand je finis par arracher le nom du groupe au standard téléphonique de la radio, au risque d’être ficher comme indésirable au service auditeurs : JAVA. allez, cherche, cherche... Toutes les fnacs de France et de Navarre ont subit la tornade de mes petites pattes griffues, rien à faire. Nom d’album inconnu, style inclassable... et puis, et puis… dans le lot des employés ’fnac’ que j’ai harcelé, j’ai finit par en trouver un qui connaissait. Pour un peu, je l’aurais embrassé...

Album Java

Or donc, le cédé est à la maison, il tourne en boucle et il ne déçoit pas ! C’est mon trophée, ma récompense, ma coupe à moi. Tout d’abord, équipé des références qui vont bien, on finit par trouver ce qu’on veut sur internet. Distributeur : sony, n° SMA 498067-2, l’album s’appelle HawaÏ, mais c’est marqué que sur la tranche, faut de bons yeux. Le site officiel, propose des extrait, comme sur amazon.fr, mais en plus, il annonce un second album, fin 2002. Par contre, pauvreté d’information chez le distributeur...

On peut causer musique, maintenant ? A l’écoute, qu’est-ce que ça donne ?

Pas de panique, ami lecteur, j’ai terminé ma diatribe héroïco-egocentrico-quêtedugrââllistique et j’y viens : Génial !

Quoi ? c’est tout ?

Bon, puisque tu insisites, cher internaute mélomane, saches que tu n’entendras pas que du rap-musette même si une bonne moitié de l’album correspond à cette étiquette. Pour l’autre moitié, c’est plutôt jazzy. Pour ce qui est des textes, c’est toujours recherché même si l’auteur revendique une certaine facilité.

D’ac’o d’ac, kliké, mais va plus loin, steuplé...

Pffff...

Le bal musette des rescapés de l’Internet s’ouvre sur un slogan :
- Java, c’est pas de la mente à l’eau,
- Java, c’est du rock’n’roll,
- Java, c’est l’vrai son parigo,
- La devise : sex, accordéon et alcool.

Trinquant avec Boulaouan Kenobi le champagne que Dark Valstar sabre au laser, la piquette me laisse pantois. ça donne le ton, mais attention, ne pas tomber dans le piège. Les titres s’enchaînent en alternant rap/musette et textes amusants avec des morceaux plus ambitieux, des récitatifs sur fond jazz/rock.

Même si j’apprécie particulièrement les aspects pêchus du textes et des musiques de Pépète, de Dieu créa la flemme et bien sûr de Métro, le temps m’a fait apprécier des chansons comme Hawaï (une exploration erotico-jazzy, où la musique accompagne les corps dans un voyage entre l’infiniment grand et l’infiniment petit qui laisse songeur), Danser, Mon Monde et Chihuahua (ah !... me faire dorlotter par une dame au youki...)

Allez, ma préférée reste Le métro ! En entier, en boucle à l’infini, de toute façon, tant qu’on a un ticket, on peut rester à l’intérieur, les paroles et le plan sous le nez, les clichy qu’on connaît pasteur, comme Pierre Perret et tant d’autres l’avaient fait avant eux...

Bref, que du bonheur, Bercy Madeleine !

P.-S.

Articles annexes : Le Métro

Notes

[1] Démerde-toi Kliké(NDT)

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