Jericho Mansions, c’est avant tout un micro-univers : un immeuble et ses habitants.
Tout y est très coloré, que ce soit le bâtiment en lui même avec des tapisseries et des peintures de couleurs vives (jaune, rouge, vert, ...) ou les personnages tous plus spéciaux les uns que les autres. Nous y retrouvons pêle-mêle, la propriétaire en vieille mégère irritable qui vient de perdre son époux, une femme seule qui vit dans son monde bien particulier constitué de centaines de poupées et personnages portant tous leur propre nom et deux couple, le premier constitué d’un homme trompant sa femme qui est une pulpeuse masseuse à domicile. Tous deux ont une fille somnambule. Le second couple est formé par un homme qui bat sa femme, danseuse espagnole droguée à l’héroïne. Au millieu de ce joyeux rassemblement, se trouve Léonard le concierge agoraphobe qui n’est jamais sorti du bâtiment (le simple fait de laisser la porte d’entrée ouverte provoque chez lui des vertiges) et légèrement "simplet".
Puisqu’il s’agit d’un thriller, il faut bien qu’il y ait une intrigue : un des habitants de l’immeuble est retouvé un matin dans une poubelle de l’immeuble. Il a visiblement été tué d’un coup sur le crâne et précipité dans un vide-ordure.
Mais l’intrigue est quelque chose de presque secondaire dans l’histoire, un prétexte à nous faire découvrir les personnages et leurs petits secrets. Il n’y a pas à proprement parler d’enquête sur le meurtre. C’est plutôt le concierge Léonard qui mène l’enquête de façon détournée en tentant de trouver des réponses à des questions beaucoup plus personnelles : pourquoi la propriétaire s’acharne à vouloir se débarrasser de lui ? pourquoi a-t-il des visions qui semblent tout droit sorties d’un western ? D’où viennent tous les objets qu’il découvre un jour sous une latte de son plancher ? ou pire : ne serait-ce pas lui même qui a commis le meurtre sans s’en rappeler ? ...
Le tout est touné sur un faux rythme et bénéficie d’une réalisation particulièrement soignée. Malgré l’absence de poursuites en voiture, d’explosions et de mitraillages dont je suis en général très friand ;-), je me suis doncement laissé captiver par cet univers très particulier qui m’a fait penser au génialissime "Delicatessen". Bien que les deux films soient différents, ils se rapprochent toutefois par leurs univers respectifs (l’immeuble et ses locataires tous un peu bizarres) ainsi qu’un scénario et une réalisation très soignés, inhabituels et diablement efficaces.
La Prise éclectique
