J’ai longtemps fait partie des usagers de la route. Les déplacements en voiture particulière étaient mon pain béni quotidien puisqu’ils m’octroyaient le droit de partir et de revenir quand je le voulais, sans dépendance excessive vis à vis d’une société de transport publique ou privée et dans des temps très raisonnables.
Mais, depuis mon déménagement dans la charmante ville de Nantes, je me suis fait à l’idée de devenir un usager des transports en commun. La décision ne fut pas très difficile à prendre. Le temps du déplacement étant pratiquement le même, j’évitais les recherches infernales des places de parking et l’énervement au volant en utilisant le bus et le tramway.
Ainsi, depuis quelques années maintenant [1], je laisse mon automobile au bon soin de mon épouse et part vaillamment, chaque matin, ticket mensuel en poche, vers de nouvelles aventures communo-transportesques. Car, vous le savez peut-être déjà, si vous êtes familiers de ces moyens de locomotion, l’aventure est présente à chaque trajet, à chaque voyage, à chaque arrêt !
Voici donc une première anecdote issue de mes pérégrinations. Elle concerne plus particulièrement une faune étrange et mystérieuse qui peuple les réseaux de toutes les villes du monde : les contrôleurs.
Oui, je vous devine, irrités par le choix de cette catégorie de travailleurs et déjà amusés par les travers que je pourrais dévoiler… Détrompez-vous, non seulement je n’ai rien contre eux mais je ne tomberai pas dans le piège facile et néanmoins tentant de la moquerie hautaine et assurée en me gaussant de leur goût prononcé pour la démarche de Clint Eastwood face aux dangereux détrousseurs de diligence…
Non, cette anecdote qui met en situation les contrôleurs n’a pour but que la révélation de certains comportement étranges et incompréhensibles de notre part, nous, les voyageurs. Nous, qui avons sûrement (une fois ou deux au moins) fraudé en prenant le bus… ou qui avons peut être effrontément utilisé ces transports en toute illégalité lorsque, sans un sou, nous poursuivions nos études ou cherchions du travail… Bref, nous qui avons toujours une bonne raison pour expliquer ces écarts à notre bonne conscience et notre éducation excellente, sévère mais juste.
« Le self-control du contrôleur »
Un soir, dans un tramway plein à craquer, quatre contrôleurs firent irruption à un arrêt afin de vérifier les titres de transports des mesdames, mesdemoiselles et messieurs qui voyageaient et dont je faisais partie.
Je ne remarquais leur présence qu’aux doux sons émis par leurs voix :
Mesdames, Messieurs, bonsoir ! Vérification des titres de transports, s’il vous plaît !
Ce n’est qu’au bout de trois secondes et neuf dixièmes que le premier contrevenant fut débusqué ! Me tournant le dos, les visages des protagonistes de cette histoire palpitante, ne me furent jamais révélés, ce qui m’attriste au plus haut point… Je ne peux donc vous décrire ces personnages que grâce à leurs voix.
Ah ! Monsieur, votre titre n’est pas lisible ! fit le contrôleur d’une voix neutre et sans artifice
Comment ça pas lisible ? ? ? ? ? fit le badaud surpris et marseillais comme le pastis
Oui, je ne peux pas lire votre ticket, il a été composté deux fois…
Oui, je l’ai composté deux fois mais il est valable ce ticket… réitéra le bonhomme
Non, désolé, il est illisible !
Comment ça illisible ! Vous rigolez ? Et de toute façon qu’est ce que vous allez faire ? demande alors le personnage qui monte sur ses grands chevaux
Je vais être obligé de vous dresser une contravention fit alors l’agent de la société de transport
QUOI ? Vous plaisantez, il est valable ce ticket je vous dit ! explose le sudiste.
A ce moment de l’histoire, je m’aperçois que deux clans se sont formés parmi les passagers : Les personnes qui se rangent du côté du monsieur hors-la-loi parce qu’il a sûrement des bons arguments à faire valoir :
Il n’est pas de la région
Il ne connaît pas le fonctionnement du tramway
Il est âgé et dans un accès de sénilité a composté deux fois son ticket
La deuxième catégorie de passagers est largmement majoritaire. Elle contient l’ensemble des personnes qui n’en ont rien à faire ! (dont moi, je l’avoue)
Vous voyez pas qu’il a composté son ticket deux fois ? fait une brave dame, en apostrophant les contrôleurs qui se regroupent (ils font toujours ça, comme les grand fauves qui chassent en meute et s’acharnent sur leur proie blessée)
Oui, c’est exactement ça ! reprend le contrevenant
Laissez le tranquille, voyons achève la dame qui devait sûrement se dire que sa BA de la journée était faite, heureusement, car dans dix minutes elle aurait été chez elle, et elle aurait raté cette occasion.
Je suis désolé mais c’est comme ça ! Il y a un règlement. Un ticket illisible n’est pas valable ! assène alors le juge de tramway !
Le dialogue ayant atteint un certain niveau sonore, les regards se tournent fréquemment vers la scène et je vois les visages des passagers passer de l’hébétude sommaire des employés rentrant du boulot à l’amusement du badaud assistant à une scène cocasse.
Mais c’est n’importe quoi ! attaque le monsieur avec l’accent à la lavande. Vous n’avez pas autre chose à faire que de venir nous embêter avec ça ?"
On fait notre travail, Monsieur !
Bien sûr, vous faites votre travail mais on vous voit moins dans les quartiers difficiles ! On vous voit moins tard le soir ou quand il y a des difficultés ! Vraiment, vous faites du beau boulot !
Restez calme, s’il vous plaît
C’est facile de venir à quatre et de me contrôler mais vous êtes où quand il y a des jeunes qui foutent le bordel dans les bus ? Hein, vous êtes où ?
Mais on y est Monsieur, on y est ! réponds aussi sec le chef - contrôleur, qui n’avait encore rien dit.
C’est ça, vous y êtes, ça m’étonnerait ! s’acharne le monsieur
Venez avec nous visiter nos collègues hospitalisés et vous verrez Monsieur, qu’on fait notre travail et qu’il n’est pas facile !
Vous me faites rigoler !
Moi, ça ne me fait pas rire et je vous demande un peu plus de respect, s’il vous plaît. Je vous propose de prendre une journée de congé et de nous accompagner. Vous verrez alors ce que c’est notre travail !
Mais bien sûr.........
Etc….
Je pense que tout cela fut houleux et très long mais je dus descendre du tramway. Bien sûr, la gentille dame qui avait défendu le vieux monsieur gentil et presque sénile n’a pas ajouté un mot pour participer à cette scène ! J’aurais aimé voir sa tête lorsqu’il passa de ce rôle qu’il jouait à merveille au rôle du contremaitre beuglant ses vérités à la face de ses esclaves…
Je vous laisse méditer sur cette histoire, qui a sûrement une morale ou une leçon que l’on pourrait inscrire en lettre d’or sur ce site. Merci de me les proposer.
Quant à ceux qui attendent la seconde anecdote, d’une part je les remercie de m’avoir lu jusqu’ici, c’est un acte courageux et digne d’éloges, et d’autre part je leur donne rendez-vous dans une prochaine chronique frénétique. En effet, il est temps que je prenne le bus de 18h12 !
A suivre…
La Prise éclectique