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Les artistes bourgeois et leurs privilèges

Pour quelques dollars de plus

mercredi 1er avril 2009, par darthbob

Mars 2009, lors du débat de la loi « Création et Internet » défendue par Christine Albanel, Ministre de la Culture, des artistes français se sont réunis au théatre de l’Odéon, à Paris, pour soutenir la « riposte graduée ». Une photo a été publiée dans le journal 20minutes, immortalisant la manifestation pro Hadopi. Décryptage.

Le contexte

Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2007, une pression énorme s’exerce sur la Ministre C. Albanel. Sa mission est de faire voter une loi pour imposer la riposte graduée envers les français adeptes du téléchargement.

Face à la grogne des internautes, et pendant les débats à l’Assemblé Nationale, une vingtaine d’artistes français, parmi les plus connus, ont décidé de se rencontrer devant les journalistes au théatre de l’Odéon à Paris.

Le but de cette manifestation, très éloignée des manifestations interprofessionnelles qui ont réunis entre 1 et 3 millions de français pour demander du pouvoir d’achat et du travail pour tous, les artistes ont apporté un soutien franc et complet au projet de loi.

Ils ont détaillé tout le bien qu’ils pensaient de la riposte graduée : messages d’avertissement, surveillance d’Internet, liste noire des internautes détectés, coupure de la connexion Internet pour le foyer dont un des membres aurait été pris, paiement de l’abonnement pendant toute la durée de la coupure, exclusion de l’instance judiciaire du système…

Ces professionnels du spectacle et de l’image ont choisi une curieuse façon de se présenter à la presse et donc aux français. La photographie prise par J. Demarthon de l’AFP inspire beaucoup de réflexions.

Les protagonistes

Sur la photo, on distingue sept personnes assises autour d’une table ronde. Tous des hommes. Tous blancs. Tous âgés.

Pour quelques dollars de plus

On ne peut pas dire que la diversité culturelle soit représentée par ces personnages connus. Du premier coup d’œil on voit leurs cheveux gris ou blancs et on ne sait que penser. S’agit-il du club du troisième âge de l’Odeon ou des retrouvailles des anciens du cours Florent, cuvée 1960 ?

En s’approchant, on reconnaît Jean-Jacques Annaud, Sanseverino et Alain Corneau (entre autre), tous éminemment respectables, bénéficiant d’une image publique sans faille et a priori d’une culture solide.

Que diable allaient-ils faire dans cette galère ?

Les tenues

Ce qui me surprend dans un second temps, c’est l’uniformité des vêtements de ces compères. Tels des soldats en service commandés, ils ont enfilé une tenue sombre des pieds à la tête : pantalon, chemise, veste ou blouson : tout est noir !

Pour ne pas paraître en représentation ou à une réception du show business, ils n’ont pas mis de costume ou de cravate. Mais l’effet est saisissant ! Que d’uniformité ! Que de tristesse ! Que de grisaille (assortie à leurs cheveux cendrés, certes !)

Seule une écharpe rouge vif attire l’œil. JC Carrière ne déroge pas à la règle franco-française qui veut que certains personnages connus s’affublent de cet attribut : des politiques, des journalistes, des artistes. L’écharpe rouge, symbôle culturel parisien est peut être aussi un signe de reconnaissance du chef ?

Les visages

Contrastant avec les tenues noires et les cheveux gris, les visages rayonnent de joie. Ces messieurs tranquilles semblent goûter le bon tour qu’ils jouent aux français, persuadés d’œuvrer pour l’exception culturelle et le bon sens cher au président de la République.

Savent-ils que le projet de loi renferme des failles évidentes et se base sur des fondations bancales (renversement de la charge de la preuve, fichage des internautes détectés, surveillance d’Internet…)

Savent-ils que la commission HADOPI coûtera près de 70 millions d’euros par an ?

En ces temps de caisses vides, de plans sociaux et de chômage de masse, ces millions d’euros seraient bien utiles pour financer des projets, éventuellement la culture et les artistes !

Enfin, savent-ils que ce projet ne rapportera pas un centime aux artistes ?

En effet, puisque aucune amende, aucune taxe, aucune remise en cause de la répartition des gains des majors n’est prévue avec cette loi, les artistes ne gagneront RIEN de plus !

Comment peut-on rire ou sourire face à ce projet de loi qui sera coûteux, inefficace comme DADVSI et injuste ?

Seul Sanseverino semble attristé sur la photo. Peut être a-t-il traîné des pieds pour se rendre à l’Odéon ? Peut être est-il le mieux renseigné parmi ses acolytes…

Le décor

Pour terminer, on peut voir en arrière plan, le splendide plafond du théatre de l’Odéon, habillé de dorures et d’un lustre magnifique. Dans le coin droit, on distingue un tableau ancien , au cadre ouvragé tout en dorure.

L’effet produit est celui d’une salle luxueuse, douillette, chargée d’histoire. Les manifestants pro Hadopi semblent avoir choisi un cadre correspondant à leur statut d’artiste : un théatre magnifique, ancien et célèbre.

Malheureusement pour eux, si on ajoute tous les détails de la photographie : l’effet produit est saisissant : des artistes d’un certain âge, installés, riches, célèbres, en tenue identiques, tels des soldats, assis tranquillement dans un cadre luxueux (bling bling ?), inaccessible à la majorité des français !

Comment peuvent-ils croire que les jeunes internautes adeptes du P2P seront touchés par cette image ? Elle reflète l’ancien monde, celui des majors, de l’industrie culturelle attachée au luxe, aux droits voisins, à la manne financière qui tombe tous les mois grâce à la vente hors de prix de supports devenus inutiles (CD, DVD…)

Des questions

Les jeunes internautes (et les moins jeunes) risquent de voir dans cette photo une preuve supplémentaire de la nécessaire remise en cause du système en place, sur lesquels ces artistes bourgeois s’accrochent pour conserver leurs privilèges.

Cette vision caricaturale, pourquoi l’entretiennent-ils eux-mêmes ? Si ces artistes voulaient réellement se réconcilier avec les internautes, pourquoi ne descendraient-ils pas de leur piédestal ?

Messieurs les artistes, rencontrez les internautes, dialoguez avec eux. Ils vous diront pourquoi votre système s’écroule de lui-même, pourquoi votre attitude calquée sur les majors de l’industrie culturelle vous dessert, pourquoi leur rêve n’est pas le « tout gratuit » mais que les gains reviennent quasiment en totalité aux artistes et pas aux producteurs, gestionnaires, intermédiaires et autres profiteurs…

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