Une fois le stage en entreprise habilement décroché, l’apprenti informaticien attend avec une certaine impatience le début du stage, période d’intense activité, sorte de parenthèse dans le processus d’acquisition des connaissances théoriques.
Il existe plusieurs dates propices aux stages. Elles dépendent plus de la façon dont les professeurs souhaitent répartir leur effort pendant l’année que de l’organisation des sociétés qui accueillent les stagiaires :
de juin à septembre : une période évidente de remplacements des ingénieurs informaticiens vaquant à leurs occupations estivales favorites. La soutenance a alors lieu à l’automne.
de mars à juin : une période faisant coïncider avec une remarquable adresse la fin du stage et la fin de l’année étudiante, les professeurs pouvant alors tirer un trait sur leur travail pendant un bon bout de temps.
tout au long de l’année : une organisation assez rare. Elle permet aux stagiaires d’être présents (par exemple) trois jours par semaine en entreprise, les deux jours restants étant reservés aux études. Ceci pendant toute l’année d’étude. Cette solution combine l’avantage d’éloigner le stagiaire alternativement de l’entreprise et de l’école un certain nombre de jours par semaine. Cela laisse alternativement aux professeurs le loisir de corriger les devoirs de l’étudiant et à l’entreprise de corriger les erreurs qu’il a commises...

- L’entreprise désigne toujours un maître de stage pour encadrer le stagiaire.
Un employé de l’entreprise qui accueille un stagiaire est désigné pour "encadrer" l’apprenti. La tâche de ce responsable de stage est de présenter au stagiaire tout ce qui est nécessaire à l’accomplissement de sa mission, dans le strict respect des consignes de sécurité et d’organisation du service :
horaires à respecter officiellement (et officieusement)
organigramme de la société et du service accueillant le stagiaire
locaux dont l’accès est autorisé au stagiaire
moyens mis à disposition (ordinateur, photocopieuse, machine à café, self...)
Le responsable de stage, tel Yoda avec ses apprentis Jedi, présente le stagiaire à ses collègues. C’est ainsi que le jeune informaticien en devenir côtoie pour la première fois la fine fleur de l’informatique de l’entreprise. Il rencontre un florilège de spécialistes, tous plus ouverts et accueillants les uns que les autres, prêts à l’aider après toutes les réunions, les travaux ultra-urgents et les dossiers à terminer.

- C’est toujours un plaisir d’être bien accueilli pendant un stage.
Chacun des employés présentés au stagiaire l’encourage par des grognements et des sourires figés et prétextant une réunion prioritaire, un travail à finir ou même un enfant malade à chercher à l’école écourtera l’entretien avant même la première question posée.
Le maître mot de l’apprenti effectuant un stage en entreprise est : Adaptation.
Le stagiaire doit apprendre puis maîtriser les us et coutumes de l’entreprise qui l’accueille. Cela demande une période d’apprentissage approfondie (largement encouragée par le responsable du stage qui se voit ainsi un peu soulagé du fardeau).
L’apprenti est donc plongé dans un milieu étranger, vite isolé et sans consigne claire, avec pour seule connaissance le savoir enseigné par son école, largement inadapté à cette épreuve qui demande avant tout de la patience.
Au bout de quelques jours (voire de semaines dans le pire des cas), l’apprenti connaitra les moindres recoins de la caféteria, du local à photocopieuse, aura surfé des heures durant sur internet et lié connaissance avec d’autres stagiaires aussi occupés que lui.

- L’endroit stratégique que tout stagiaire connait.
Grâce aux quelques conseils de son responsable, cherchant peut être par là à étudier ses réactions face à des décisions surprenantes, le stagiaire pourra commencer à lire d’anciens ouvrages, véritables trésors de guerre de la société, farouche gardienne du savoir ancestral de ses dirigeants ("Manuel d’utilisation de MS-DOS 5.0", "La bible du Basic", "Apple II User’s Guide" et même un antique traité de l’informatique des années 70, avec comme illustrations des kaléidoscopes arc-en-ciel).

- Les ouvrages de références sont à la pointe du progrès.
C’est sans compter sur la vivacité d’esprit du responsable qui finira enfin par donner LE sujet du stage avec des objectifs et quelques moyens adaptés au stagiaire afin qu’il puisse élaborer sinon un quelconque travail utile à la société, au moins un rapport de stage de plus de dix pages.
Mais, quelque soit le sujet donné, l’important n’est pas là. Il faut que le stagiaire ait appréhendé la complexité de l’entreprise, ait réussi à s’y intégrer. En effet, participer aux pauses-café ou aux pronostics groupés du loto sportif est aussi important que, par exemple, écrire une étude complexe sur un nouveau programme de comptabilité !
Enfin, lorsque le stage se termine, un pot est organisé avec les employés les plus sympas et coopératifs, le maître de stage et les secrétaires (forcément). Le stagiaire remercie tout le monde, donne ses coordonnées (au cas où un poste se présenterait une fois qu’il sera diplômé) et s’excuse également de ne pas avoir atteint tous les objectifs du stage (les sourires se figent alors car tout le monde se demande qui va devoir terminer le boulot)
Il reste donc une étape obligatoire pour terminer l’épopée : réaliser une présentation du stage auprès du jury de l’école. Ce sera l’objet de la prochaine chronique des informaticiens.
La Prise éclectique