La Prise éclectique
Accueil du site > 11. la prise de fonction > 4. Les informaticiens et l’entretien de stage

4. Les informaticiens et l’entretien de stage

mercredi 12 mai 2004, par darthbob

La chronique précédente présentait l’étape numéro un de la recherche de stage : l’envoi des CV et lettre de motivation. Toutefois, décrocher un entretien est une chose pour l’informaticien, il faut aussi le réussir !

Le responsable contacté par l’étudiant lui a donc donné un rendez-vous dans les locaux de l’entreprise. Il désire tester la résistance de l’apprenti au stress, à la peur et aux pièges qu’il ne manquera pas de lui tendre.

L’apprenti doit alors pour se rendre à l’entretien revêtir l’habit qui fait le moine, condition obligatoire pour un minimum de crédibilité. C’est donc avec émotion que le jeune plein d’espoir se voit pour la première fois dans un miroir, portant costume et cravate, tel un informaticien de métier, fier comme un employé d’IBM.

JPEG - 29 ko
Faire un noeud de cravate... c’est le métier qui rentre !

Arrive alors un des temps forts dans les épreuves pour obtenir le précieux stage : l’heure du rendez-vous fatidique. En effet, les apprentis informaticiens sont plutôt habitués à vivre à la dure : coucher très tard le soir y compris en semaine pour se livrer à diverses activités extra-scolaires, repas décalés ou complètement oubliés et repos complet le matin.

Le futur stagiaire doit donc arriver à l’heure fixée, même matinale, sous peine d’élimination définitive. Il n’est pas question de rater l’horaire pour des raisons difficilement concevables par le responsable. C’est donc une intense concentration qui permet au jeune apprenti de rester éveillé, frais et dispos avant de se rendre à l’entretien pile à l’heure convenue.

Si cette épreuve est franchie, l’apprenti aura droit de passer les différentes défenses entre lui et le responsable : portes verrouillées surveillées par caméras, vigiles redoutables, badges d’accès obligatoires, hôtesses d’accueil suspicieuses.

JPEG - 42.8 ko
Les premiers obstacles : les vigiles et les assistantes

Pour passer le barrage des hôtesses, l’apprenti doit d’une part surmonter les handicaps déjà évoqués dans "les préjugés sur les informaticiens" et d’autre part faire face aux difficultés créées volontairement par ces cerbères en jupon :

- "hum !" fait l’apprenti dans un raclement de gorge dû autant au trac qu’à l’admiration du physique de la jeune standardiste derrière son bureau
- "Société Father Green Software [1] j’écoute !" dit-elle d’une voix sensuelle et accueillante
- "Bonjour, je voudrais..."
- "Ah je suis désolée, Maître Ounepa-Zetre est en déplacement, puis-je prendre un message ?"
- "Euh ..." est la seule syllabe que l’apprenti peut articuler quand il se rend compte que l’hôtesse parle en fait au téléphone, qu’elle a discrètement accroché à l’oreille droite.
- "Bonne journée à vous" finit-elle alors et regardant l’avorton droit dans les yeux puis lui dit : "Puis-je vous renseigner ?"
- "Oui... euh, comment ?"
- "Avec qui avez-vous rendez-vous ?" dit-elle en articulant chaque syllabe comme si elle avait affaire à un bébé de trois ans
- "Avec euh... Monsieur ..."

La lecture de la lettre dans l’affolement est à proscrire pour le premier contact avec une société susceptible de vous embaucher comme stagiaire. On vous cataloguera comme "tête en l’air", "peu sûr de vous" et surtout "absolument pas sérieux".

- "Avec Monsieur Thiro-Gland !"
- "Pardon ?" dit-elle outrée comme si l’apprenti lui avait fait une proposition indécente
- "Euh... non !"

La lecture de la lettre s’impose tout de même dans certains cas car il est beaucoup plus dangereux de se tromper de nom que de l’oublier...

- "Avec Monsieur Thiro-Fland !! Excusez-moi..." dit alors l’étudiant, rouge jusqu’au bout de sa cravate...
- "Et qui dois-je annoncer ?" dit-elle en tendant la main pour voir l’incroyable lettre qui a permis à ce jeune dévergondé de parvenir jusque dans cette honorable société.

Attrapant la missive à en-tête de sa propre boîte, elle écarquille les yeux de surprise et finit par pianoter le numéro de téléphone du responsable et lui annonce la venue de l’apprenti.

La personne tant espérée finit par rejoindre la jeune pousse à l’accueil afin de le conduire lui-même jusqu’à son bureau. C’est en ce lieu confiné, sur le terrain de l’"adversaire" que va commencer l’entretien de tous les dangers.

JPEG - 20.9 ko
Une courte visite des locaux jusqu’au bureau du responsable (ne pas trébucher surtout !)

Lorsqu’on est étudiant, on est par définition en phase d’apprentissage. Le savoir est en cours d’assimilation et on est plein d’espoir dans l’entreprise qui permettra de mettre en pratique la théorie durement assimilée.

Lorsqu’on est une SSII, on est par définition soumise à la rentabilité et au professionnalisme. Le savoir est acquis et on est plein d’espoir dans le stagiaire qui permettra de réaliser à peu de frais les travaux les plus ardus et les moins intéressants.

L’entretien est donc un ballet au cours duquel les deux personnes doivent, les yeux dans les yeux, se promettre monts et merveilles tout en paraissant sûres d’elles-mêmes, à l’aise et persuasives.

Pour l’apprenti informaticien, ce n’est pas aussi aisé que pour le responsable de la société, rompu à ce genre de pratiques depuis des années. Il ne s’agit pas d’un entretien d’embauche (qui fera l’objet d’une prochaine chronique) mais d’un entretien de stage. Il dure beaucoup moins longtemps et permet en général de valider de visu que le stagiaire correspond à la recherche de l’entreprise.

Le stagiaire a trois préoccupations :
- s’assurer que le stage proposé lui sera bien accordé (il est hors de question de se soumettre une fois de plus à un entretien aussi éreintant)
- s’assurer que le stage sera validé par son école (il est hors de question que le stage consiste en l’utilisation intensive de la photocopieuse ou de la machine à café)
- s’assurer que le stage sera rémunéré (il est hors de question de travailler pour rien, surtout pour une boîte pétée de thunes)

L’entreprise a également trois préoccupations :
- s’assurer que le stagiaire convient au stage (il est hors de question de devoir multiplier des entretiens aussi ennuyeux et dévoreur de temps précieux)
- s’assurer que le stagiaire convient à l’entreprise (il est hors de question qu’un petit sauvageon entre dans la boîte, même pour un stage)
- s’assurer que le stage NE sera PAS rémunéré (il est hors de question de dépenser de l’argent pour un travail qui sera fait par un débutant, parce que la boîte signe des conventions avec l’ancienne école du patron !)

JPEG - 31.1 ko
Les qualités requises pour être intégré à l’entreprise sont explorées en détail lors de l’entretien.

A l’issue de l’entretien, qui consiste à vérifier les dires du stagiaire par rapport à ses écrits dans le CV et la lettre de motivation, le responsable assènera la sentence traditionnelle :

- "Bien, si vous n’avez pas d’autres questions, nous pouvons en rester là. Nous vous contacterons pour vous faire part de notre décision."

C’est là que tout se joue ! Soit le responsable accompagne directment le stagiaire vers la porte la plus proche, soit il lui glisse la confidence suivante :

- "... entre nous, je pense que cela ne posera pas de problème, à moins d’un contretemps de dernière minute."

Dans ce cas là, c’est gagné !

Savoir jouer avec le chaud et le froid est la tactique préférée des responsables de stages. Ils en usent toujours à bon escient. L’apprenti repart donc sans l’accord définitif tant recherché, sous les yeux foudroyants de l’hôtesse d’accueil qui ne laisse aucun doute sur la décision qu’elle prendrait à la place du responsable. Ce n’est que par courrier que le verdict sera connu : accepté ou refusé.

Notes

[1] le jeu de mot ne vous a pas echappé, hein !

2 Messages de forum

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0