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9. Les informaticiens et les syndicats

Je t’aime, moi non plus...

mercredi 11 octobre 2006, par darthbob

Les rapports entre informaticiens et syndicalistes se modifient en ce début de vingt-et-unième siècle. Jusqu’à présent, les informaticiens considéraient les rares syndicalistes qu’ils côtoyaient comme des bêtes curieuses, sortes de dinosaures antédiluviens toujours en vie... Ils avaient le même genre de réaction que lorsqu’on montre au public un spécimen inconnu de lézard découvert sur une île perdue du Pacifique : ébahi par la longévité de la bestiole et un peu repoussé par son aspect et son mode de vie.

L’informaticien est assez fier de son métier et de son environnement technologique. Il vit dans un monde tourné vers le futur, l’innovation et s’imagine que ses créations bouleversent durablement l’existence de l’humanité toute entière. En plus, il a toujours été chouchouté par son patron (enfin, celui-ci lui a surtout fichu une paie royale tant que ses bénéfices augmentaient régulièrement). C’est pourquoi l’informaticien ne comprend pas pourquoi il peut encore exister des syndicalistes dans le monde où il vit !

C’est vrai quoi ! Il est bien payé pour exercer un métier qui le passionne, avec des moyens importants et un avenir qu’il pense radieux. Quelle peut donc être l’utilité d’un syndicat pour lui et ses congénères ? Les syndicats, c’est bon pour les métiers de la vieille économie, les métiers manuels, l’usine.... Simplement, pour lui, c’est complètement inutile.

En fait, l’informaticien est confronté aux syndicalistes à de rares occasions. C’est toujours pour lui une sorte d’étonnement de voir entrer dans son monde le vocabulaire syndical. A l’occasion des élections du Comité d’Entreprise (CE) ou des Délégués du Personnel (DP), il doit faire l’effort de lire des communiqués, tracts, mails et autres courriers qui le convient à s’engager, à s’exprimer et à voter pour le bien de la vie professionnelle de ses collègues, et pour lui-même.

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Un syndicaliste engagé au CE de la boîte, pourquoi pas !

Pour lui, jusqu’à présent, il n’y avait que quelques rares illuminés qui s’affichaient comme syndiqués et se présentaient pour ses élections. Comme ses personnes coïncidaient avec les quelques volontaires qui se présentaient aux élections, il était facile pour l’informaticien de se décider : puisqu’il faut quelqu’un pour s’occuper du CE (et avoir des chèques déjeuner, des places de cinéma à tarif réduit, des cadeaux à Noël) autant voter pour les volontaires, même s’ils sont syndiqués !

Ensuite, l’informaticien repartait dans son monde peuplé d’ordinateurs.

Côté syndicats, les informaticiens étaient vus comme une espèce hybride, à mi-chemin entre le parasite et le nuisible. C’est à dire que non seulement l’informatisation galopante sonnait le glas des métiers pourvoyeurs d’adhérents, mais en plus elle générait de nouveaux travailleurs, jeunes diplômés, complètement insensible au discours de lutte syndicale !

A chaque tentative de mobilisation des troupes informaticiennes pour participer aux revendications, spécifiques ou nationales (augmentation des salaires, amélioration des conditions de travail, reconnaissance des qualifications, retraites...) les syndicalistes se retrouvaient entre eux, ébahis par le manque total d’intérêt des informaticiens qu’ils prenaient pour de la suffisance déplacée vis à vis des autres catégories de travailleurs.

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Pourquoi un informaticien aurait besoin d’un syndicat ?

Les informaticiens n’avaient pas envie de s’engager car leurs salaires étaient corrects, leurs conditions de travail aussi et leur avenir s’annonçait radieux. A quoi bon penser à la retraite ? Le fossé était donc énorme entre les informaticiens et les syndicats.

Le syndicaliste retournait alors dans son monde de revendications.

La tour d’ivoire prise d’assaut

Mais, depuis quelques temps, les informaticiens ont vu leur monde douillet, si bien organisé et si bien protégé, tressaillir face à des dangers inconnus et des menaces inquiétantes. Finies les polémiques stériles sur le choix entre Linux et Windows, entre AMD et Intel ou bien entre Java et .NET. Tout cela passa au second rang... Un vent de restructuration et de mondialisation soufflait maintenant sur l’informatique !

L’informaticien a en fait la mémoire courte. Les crises de l’activité informatique ont toujours existé et ont rythmé sa jeune histoire. Mais, tout à son travail intensif et prenant, surfant avec les nouvelles technologies et les possibilités extraordinaires que cela supposaient, l’informaticien n’a pas senti le vent tourner.

Contrairement aux crises précédentes, influencées directement par la baisse des investissements des entreprises, qui entraînaient des tensions temporaires sur le marché de l’emploi, la crise s’annonçait plus profonde.

Certains mots, lus ou entendus dans la presse générale, commencèrent à s’employer dans les journaux spécialisés ou les sites sur l’informatique : délocalisations, mondialisation, off-shore, concurrence de pays émergents, plans sociaux, fermetures de sites...

Les informaticiens furent touchés à leur tour par la réorganisation des entreprises. Les implantations d’activités dans les pays à faible coût de main d’œuvre ne concernaient plus les usines de fabrication ou les chaînes de montages mais bel et bien les bureaux d’études, les centres de recherches et les nouvelles technologies. Après avoir fait leurs preuves dans le travail manuel, les pays émergents prouvaient leur compétence dans le travail intellectuel, sans aucun soucis !

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Par moment, l’ordinateur mérite qu’on le jette au feu...

Les informaticiens furent alors confrontés à des licenciements et des plans sociaux dans certaines entreprises qui ont fini par sacrifier leur service informatique en le vendant au plus offrant pour avoir recours à la sous-traitance. Les SSII finirent par se laisser séduire par les gains potentiels du déplacement d’activité dans les pays à faible coût et supprimèrent petit à petit des postes considérés comme beaucoup trop chers pour elles.

Les informaticiens se trouvèrent fort dépourvus lorsque la bise fut venue. Ils allèrent crier famine chez le syndicaliste voisin, tout étonné du regain d’intérêt suscité par les plans sociaux et autres démissions négociées de force. Les deux mondes si étrangers finirent par se rencontrer et s’apprivoiser. Les informaticiens apprirent que les grèves, les revendications et les prud’hommes n’étaient pas des actes terroristes et les syndicalistes apprirent que l’informatique était une activité exercée par des humains qui comprenaient vite leurs discours à condition de leur expliquer longtemps...

C’est ainsi que de plus en plus de SSII voient les syndicats s’installer chez elles du fait des derniers événements. Les Comités d’Entreprises ne sont plus négligés par les informaticiens car ils ont compris que beaucoup d’informations pouvaient en être tirées. Mais ce mouvement est timide et presque honteux pour les informaticiens. Certains se disent qu’ils auraient sûrement dû réfléchir avant et que leur attitude passée n’a rien de glorieux alors que d’autres préfèrent la discrétion à la revendication pure et dure.

L’informatique au service des syndicats

Parallèlement à ces événements, les syndicats se sont ouverts à l’informatique. Malgré le peu de moyen dont ils disposent dans certaines sociétés, petit à petit, ils se sont familiarisés avec les outils quotidiens des informaticiens : l’ordinateur, le traitement de texte, Internet, la messagerie électronique, les forums de discussion et les sites personnels.

Au fur et à mesure que les syndicalistes les plus motivés commençaient à maîtriser ces outils, ils s’en sont servis pour améliorer leurs actions et développer d’autres formes de communication. Ils ont fini par percer le cocon où nichaient les informaticiens lorsque ceux-ci ont pu recevoir directement dans leur messagerie des emails des syndicats ou lorsque des forums alternatifs ou des sites revendicatifs ont été créés pour diffuser les informations et améliorer le dialogue entre collègues parfois très éloignés géographiquement.

Habitués aux échanges instantannés, les informaticiens ont apprécié cette approche et ont découverts l’autre face des entreprises où ils vivaient : moyens de pression, double langage, mutations forcées, démissions en cascade... La conséquence fut qu’un petit nombre d’entre eux se sentirent concernés et ont commencés à envisager des actions plus concrètes : adhésion, action, manifestation (le cap de la grève n’est pas encore passé)

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En route vers le XXIème siècle !

L’avenir dira si on a assisté au début du XXIème siècles à une remise en place des informaticiens dans le monde professionnel, s’ils se considèrent et si les syndicats les considèrent maintenant comme tout le monde...

3 Messages de forum

  • Les informaticiens et les syndicats 2 janvier 2007 03:18, par Zzz. (Non syndicé mais pas parce qu’informaticien, juste par choix (...)

    Ben... quand tu bosses dans une boite où il n’y a que des informaticiens et assimilés, généralement les syndicalistes sont les mêmes avec qui je bosse mais quand il s’agit, du haut de la tourelle de la CGFDPTTcetera etcetera... d’avoir de la considération, pour ses amis travailleurs, certains syndicalistes resteront de parfais cons à la solde du patronat, au même titre que certains informaticiens resteront de parfaits emmerdeurs et empêcheurs de tourner en rond lorsqu’il s’agira d’interdire par proxis, l’accès depuis la boite, aux différents sites de revendications sus cités dans cet article. Ne rigolez pas, je vis ce cas de figure chaque jour que Dieu fait !

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  • Les informaticiens et les syndicats 19 septembre 2007 16:46, par Nodusciu

    C’est bien triste de lire ce genre d’article - On entend bien les derniers survivants se tirer dans les pattes, et régler leurs derniers comptes - J’espére personnellement que les informaticiens que tu hais au plus profond de ton coeur (tu devrais d’ailleurs consulter .....) n’interviendront pas lorsque plus rien ne marchera dans TA société, et que tes usines, boutiques, téléphones, electricité, nucléaire, etc ... Tomberont en panne devant l’incompétence de tes indiens ou simplement parceque leur dictature pourra enfin se mettre en place lorsque le contrôle sera complet de leur côté (Chine : dictature communiste, Inde : démocratie habillée avec droits de l’homme bafoué) - Je penserais à tes commentaires vengeurs ce jour là, mais tu peux déjà compter sur moi pour ne pas bouger le moindre petit doigt (informaticien égoiste, stupide et passionné que je suis) pour te sauver du désastre à venir, ni toi, ni ta famille, ni tes enfants - En te souhaitant bonne bourre mon gros boeuf !

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