Avec un titre pareil, j’ai hésité à me rendre au cinéma pour voir ce film. Je me disais que si les deux personnages principaux étaient fâchés, que pouvait-il ressortir d’intéressant ? Cela voulait-il dire que les deux soeurs ne se parlaient plus, ne se voyaient pas ? Et donc que cela pourrait être une heure et demi de monologues soporifiques et de tronches en biais ?
Deux raisons m’ont donc conduit à voir "les soeurs fâchées". D’une part, par un hasard malencontreux, le film que je voulais voir ne se jouait pas à l’heure voulue... Un sacré coup du sort finalement. D’autre part, les actrices interprétant les fâchées sont Catherine Frot et Isabelle Huppert. Avec cette information capitale, je ne pouvais que me laisser tenter : il s’agit tout de même de deux des meilleures interprètes françaises actuelles !
Alors, j’y étais devant ces deux soeurettes, mal placé au deuxième rang de la salle, complètement sur la gauche. Bref, collé à l’écran et le torticolis naissant, cela partait mal ! Mais Catherine Frot est apparue et l’histoire a démarré. En quelques minutes, mes petits tracas ont disparu...

- Les deux soeurs, si heureuses de se retrouver !
L’opposition des deux actrices est donc l’atout principal du film. Le scénario n’est pas des plus palpitant et finalement on ne se préoccupe pas trop du déroulement de l’histoire. Peu de suspense ou de rebondissements mais plutôt des scènes juxtaposées pour nous faire découvrir les relations des deux femmes, leurs différences, leurs blessures secrètes, leur passé et leur avenir...
Il s’agit d’un week-end à Paris, lorsque l’une des soeurs débarque chez l’autre dans l’espoir de se faire éditer chez une grande maison d’édition de la capitale. Après des années où elles ne se sont pas vues, on découvre par petites touches ce que la vie peut construire ou détruire au fil du temps.
Isabelle Huppert est fidèle à elle-même dans un rôle perturbé de bourgeoise hautaine, glaciale et amère. Ses relations avec son mari (excellent François Berléand) son fils ou ses amies sont, comment dire, particulières. Elle oscille entre la volonté de ne jamais perdre le contrôle et entre l’attrait irrésistible de l’abandon.
Catherine Frot joue le rôle de la soeur provinciale, naïve, au franc parler, toujours joyeuse et positive. Elle cache une certaine timidité sous un écran de joie de vivre et de paroles sans fin. Contrairement à sa soeur, elle a choisit de radicalement changer sa vie personnelle et professionnelle pour quitter le confort douillet qu’elle s’était construit ou qu’on lui avait finalement imposé.

- Un repas avec les deux soeurs, on est sûr de ne pas s’ennuyer !
Malgré le titre, j’ai bien aimé cette opposition entre ces deux femmes. Quelques scènes sont très drôles et resteront comme de grands moments (notamment le repas où Catherine Frot raconte comment elle est tombé amoureuse !). D’autres sont plutôt malsaines, méchantes ou même violentes.
Alexandra Leclère a donc réussit un bon premier film grâce à son casting impeccable et à une façon de raconter une histoire pas si simple que ça, tout en nuances, presque sans l’air d’y toucher pour finalement appuyer précisément là où ça fait mal.
La Prise éclectique