Lost, une superproduction américaine
« Lost : Les disparus » est la dernière grosse production télévisuelle américaine. Elle a débarqué en France sur TF1, tous les samedis soirs de l’été 2005. Il faut dire que le plan média a été bien réglé. La machine de Bouygues a inondé les radios, le web et toute la presse écrite pour parler de cet événement : TF1 suit béatement M6 et diffuse une série américaine pour sa soirée du samedi !
Passés l’agacement et l’envie de zapper complètement l’émission à cause de cette overdose publicitaire téhefunesque, j’ai finalement regardé le début de la série (en programmant le magnétoscope, comme ça si c’est mauvais, c’est stop et on arrête !) Au final, Lost se laisse regarder car les acteurs sont pas mauvais, sans vraiment être inoubliables et l’histoire laisse espérer des surprises.
Par contre, le rythme de la série est beaucoup trop lent à mon goût ! Est-ce que c’est 24 ou The Shield qui m’ont habitué à des histoires nerveuses, haletantes, qui scotchent le spectateur sur son siège ? Lost n’a pas du tout la même optique. est-ce le soleil et la chaleur écrasante et moite de l’île qui laissent les personnages un peu apathiques ? De longues séquences sur fond musical font penser par moment à un album photo ou un clip pour interlude... Oui, on me dira que c’est pour ménager des pauses entre deux surprises, mais bon, quand en plus c’est un peu larmoyant ou nunuche... ça me laisse froid et donne envie d’appuyer sur "Avance rapide"
L’histoire
Lost conte l’histoire de personnes vraiment pas vernies car elles se trouvent toutes dans un avion de ligne qui s’écrase sur une île perdue au milieu de l’océan. A cause d’une panne de communication, personne ne sait où l’avion s’est crashé, ce qui fait que les secours ne pourraient jamais arriver.

- Dire qu’ils sont sortis de là dedans sans se casser un os...
A partir de là, chacun réagit à sa manière. Comme toute bonne histoire américaine sur une catastrophe aérienne on retrouve les stéréotypes habituels : le héros, la jolie femme, un vieux sage, une femme enceinte, un noir, un méchant, un drogué... Il ne manque qu’une bonne sœur et un enfant qu attend une greffe de rein pour se croire dans "747 en péril". Enfin, comme la catastrophe ne dure que dix minutes, l’histoire ne démarre qu’après le crash (quoi que, n’a-t-elle pas démarré bien avant, sans que personne ne s’en soit rendu compte ?)
Mais, pour corser le tout et ménager du suspense et de l’action (sinon on regarderait un remake des Robinson Suisses) l’île semble habitée par des bêtes ou des monstres gigantesques et hostiles. Aïe ! c’est quoi ces bruits bizarres derrière les palmiers ?
Les personnages
Du fait du nombre important de rescapés, on suit une quinzaine de personnages tout au long des épisodes.

- Deux jeunes héros perdus sur une île, que se passe-t-il ?
Le beau héros, fier et intrépide, s’appelle Jack (Matthew Fox). Il est médecin et prêt à tout pour sauver ses compagnons de fortune. Il lui arrive des malheurs mais il s’en sort toujours ! Si les téléspectateurs masculins ne s’identifient pas à Jack, c’est à désespérer d’être scénariste américain.
L’héroïne s’appelle Kate (Evangeline Lilly, actrice inconnue au bataillon) et n’est pas exactement un enfant de cœur, même si le sien finit par battre pour Jack ! Il faut dire qu’elle est très belle, énigmatique et souriante, avec de l’humour. Le rêve de tout homme s’échouant sur une île déserte avec une femme !!! En fait, si les téléspectatrices ne s’identifient pas à Kate, le scénariste peut se pendre...
Tous les autres personnages ont une particularité qui les identifient rapidement aux yeux des téléspectateurs. De cette manière, l’américain moyen n’est pas perdu et les minorités sont respectées :
l’handicapé physique : Locke (Terry O’Quinn)
l’irakien : Sayid (Naveen Andrews)
la blonde écervelée : Shannon (Maggie Grace)
le noir : Michael (Harold Perrineau)
le gosse : Walt (Malcolm David Kelley)
l’obèse : Hurley (Jorge Garcia)
la jeune enceinte jusqu’aux oreilles : Claire (Emilie de Ravin)
le couple (coréen) : Sun (Yunjin Kim) et Jin ( Daniel Dae Kim)
le drogué : Charlie (Dominic Monaghan, celui du Seigneur des Anneaux)
le méchant : Sawyer (Josh Holloway)
le flic : euh, il est mort rapido

- Souriez un peu, vous êtes quand même sur une île paradisiaque !
Est-ce le hasard ou un savant mélange façon télé-réalité ou panel de sondage qui a mis autant de personnages caricaturaux dans le même avion ?
Ceux qui tirent leur épingle du jeu ne sont pas forcément les deux héros (même si Evangeline Lilly tirerait son épingle de n’importe quel jeu !!!). Locke (Terry O’Quinn) et Sayid (Naveen Andrews) sont des personnages assez énigmatiques et surprenants pour attirer l’attention. Les autres sont plus banals qu’autre chose. Il reste Charlie interprété par Dominic Monaghan, vu dans le Seigneur des Anneaux en hobbit impétueux, qui joue un guitariste drogué de façon convaincante.
La construction du récit
En fait, à chaque épisode, j’hésite entre "Ouais, pas mal, ça laisse des possibilités sympas pour la suite de l’histoire..." et "Bof, c’est pas très surprenant, si ça continue comme ça, j’arrête"... Il faut dire que les auteurs ont décidé de faire évoluer leurs personnages pour qu’ils suivent un espèce de schéma descriptif un peu trop lourd.
Je m’explique : les premiers épisodes décrivent les personnages centraux en montrant leurs réactions face à la tragédie et en intercalant des flashbacks sur les événements précédents leur montée dans l’avion. De ce fait, la psychologie des personnages est mise en valeur et on en apprend beaucoup plus sur eux que ne laissent supposer leurs actes dans l’île.
On apprend ainsi pourquoi Jack a l’esprit torturé et veut sauver tout le monde, pourquoi Kate est traquée par le flic blessé, pourquoi Locke a ce regard si étrange et ce sourire si énigmatique...Seulement, à force de garder ce schéma carré : un épisode = une révélation sur un personnage, on s’attend à chaque épisode à assister à une révélation plus ou moins fracassantes sur un des personnages. Et comme le rythme est assez lent, on a largement le temps de réfléchir et de voir les choses arriver pour finalement deviner la chute avant qu’elle n’arrive.
Bref, Lost est assez décevant dans sa construction. Toutefois, comme les acteurs sont plutôt assez convaincants pour leur rôle et que certaines énigmes sont assez bizarres pour s’y intéresser (d’où vient l’ours polaire ? où se trouve le corps du père de Jack, d’où est émis le SOS ? qu’est ce qui fait tant de bordel dans la jungle ?) qu’on peut suivre la série sans trop se prendre la tête. En fait, au lieu d’un roman de l’été, Lost est une série télé de l’été (un genre de "Dolmen" à l’américaine, quoi !) Ce qui fait qu’on comprend mieux pourquoi TF1 la diffuse en prime time !
La Prise éclectique