Voila un film déroutant et original ! Moi qui adore me creuser la tête devant une histoire complexe, donnant matière à réflexion, suppositions, mystères et boules de gommes, je suis servi avec "Memento" ! Pour ne rien dévoiler, j’ai volontairement occulté les clés du mystère et le dénouement de l’histoire (oui, je sais, je suis sympa !)
Le titre du film résume parfaitement la vie du personnage principal : Leonard. A la suite d’un coup violent sur la tête reçu en portant secours à son épouse agressée, il est atteint d’une déficience incurable de la mémoire. Il est incapable d’enregistrer de nouveaux souvenirs. Pourtant, il se souvient des gestes élémentaires, il peut parler, conduire, raconter son enfance ou sa vie avec sa femme décédée mais il ne peut pas se souvenir de ce qu’il fait au jour le jour.

- Leonard est obligé de photographier pour "se souvenir" de quelque chose !
Leonard est donc complètement esclave des notes qu’il s’écrit quotidiennement pour laisser une trace des choses importantes et pallier à son handicap. Il prend des photos des lieux qu’il fréquente, des gens qu’il rencontre. Il note les noms, écrit des remarques systématiquement car il suffit de quelques minutes pour qu’il oublie totalement ce qu’il vient de voir.
Leonard s’est fixé un but dans la vie : retrouver l’assassin de sa femme pour le tuer. La vengeance est son unique raison de vivre. Pour remonter le fil de l’histoire et résoudre l’énigme de cet agresseur qui n’est plus recherché par la police, il tatoue sur son corps les indices importants qui le mèneront au tueur : son prénom "John G", la plaque minéralogique de sa voiture... Il est ainsi sûr de les lire et de ne jamais égaré ces précieux indices !
"Mémento" est construit de façon particulière. Christopher Nolan a monté le film en déroulant l’action à l’envers, en partant de la fin de l’histoire. Ainsi, on assiste dans la première scène au meurtre d’un homme par Leonard, dans une maison isolée, au milieu de nulle part, d’un coup de revolver dans la tête.
Se succèdent alors les scènes précédant cet événement, remontant le temps. Elles sont entrecoupées de "flashback" en noir et blanc, expliquant le déroulement d’une journée de Leonard : son réveil dans une chambre inconnue, la lecture de ses tatouages comme un rituel immuable, le souvenir du meurtre de sa femme qui revient aussitôt...

- Des tatouages comme des pièces du puzzle à assembler chaque matin !
On s’aperçoit au bout de quelques temps que ces flashbacks suivent un ordre chronologique. Ils sont donc eux-mêmes entrecoupés des scènes montées à l’envers ! Ces deux trajectoires de la vie de Leonard finissent par se rejoindre, le noir et blanc se mélangeant à la couleur, pour la scène pivot du film où tout est révélé.
Le montage de "Mémento" est extrèmement minutieux car Christopher Nolan ne dévoile les indices qu’au compte-gouttes. Rien n’est laissé au hasard. On se prend donc au jeu des devinettes : où Leonard a-t-il déniché sa voiture ? Les personnages de Teddy et Natalie sont-ils des menteurs ? Pourquoi Leonard ne cessent-il pas de parler de Walter, un type qu’il a connu lorsqu’il travaillait pour une assurance et qui souffrait du même syndrôme que lui ?
Malgré un ryhtme assez lent, des sautes de rythmes et des redites (peut être nécessaires pour ne pas trop perdre le spectateur), on suit l’histoire de Leonard de façon halettante. De rebondissements en révélations, on assiste avec stupéfaction au "dénouement", sans savoir vraiment où est le début et où est la fin du récit...

- Qui est ce Teddy à côté de moi ?
Bien sûr, il faut particulièrement noté les prestations des acteurs : Guy Pearce en tête, dans le rôle de l’amnésique, toujours surpris qu’on le reconnaisse alors qu’il "voit" tout le monde pour la première fois. On lit la torture morale sur son visage, ses efforts incessants pour survivre, pour expliquer son handicap aux gens incrédules.
Joe Pantoliano est également excellent dans le rôle de Teddy, personnage intriguant, toujours là où on ne l’attend pas, avec un sourire figé sous la moustache. On pressent qu’il est une clé de l’histoire sans savoir vraiment pourquoi. Il est l’opposé de Natalie (Carie-Anne Moss), barmaid insolente, mi ange mi démon, proposant ses services à Leonard pour on ne sait quelle raison...

- Qu’est ce que je vous sers ?
"Memento" est donc un film à la construction originale basée sur une histoire qui l’est tout autant. Je pense qu’il faut plusieurs visions pour apprécier certains détails ou certains mots et se rendre compte du travail que ça a demandé en écriture scénaristique ! Le film est riche en phrases excellentes et mémorables comme la fameuse question que se pose Leonard : "Est-ce que je me le laisse oublier ?".
La Prise éclectique