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Million dollar baby

un film brillant d’un maître du cinéma

samedi 9 avril 2005, par darthbob

Chef d’œuvre.

Oui, j’avais envie de commencer par ce mot. Pas besoin d’en dire plus pour donner mon avis !

Mais attention ! Cela ne veut pas dire que tout le monde va adorer "Million dollar baby". Mais, si vous avez aimé "Sur la route de Madison" ou "Mystic River", attendez vous à plonger dans une superbe histoire, simple et pourtant riche, lente et pourtant captivante...

Clint Eastwood a du goût. Il est fin et raffiné sous son personnage public de cow-boy solitaire, à la gâchette facile. Au fil de ces réalisations, il trace donc sa route en abordant à sa manière les sujets qui le touchent, tout en douceur et en émotion.

Rappelez-vous "Sur la route de Madison", cette histoire d’amour impossible entre deux adultes à la recherche de l’âme sœur. Il donnait à une femme un rôle extraordinaire, au choix cornélien et ne laissait à l’homme que la possibilité de regarder partir celle qui est la femme de sa vie. Ici encore, la femme est forte, volontaire et choisit son destin alors que l’homme est faible, désabusé et subit les caprices de la vie.

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Maggie, déterminée à bouffer le ring et tout ce qui se trouve dessus...

"Million dollar baby" est donc l’histoire de Maggie Fitzgerald, femme sans talent particulier, portant la trentaine comme un échec évident dans l’accomplissement de ses rêves de petite fille : pas de diplôme, pas de talent, pas de mari, pas d’enfant. Aucune perspective mise à part l’assurance que la boxe est sa planche de salut.

Hilary Swank incarne avec force et détermination cette femme condamnée à la pauvreté, enchaînant les petits boulots et économisant le moindre cent. Pas de doute avec l’actrice oscarisée pour la deuxième fois, elle est fabuleuse et mérite cette récompense. Bien longtemps après la fin du film, son regard et son sourire me restent en mémoire. Aucun autre personnage féminin ne m’a autant touché depuis quelques années...

Comme je ne souhaite pas dévoiler la fin du film, je dirais seulement : ne croyez pas que "Million dollar baby" c’est "Rocky" ou "Raging bull" en jupons ! Grave erreur et grave préjugé ! Bien sûr, Clint a filmé des combats mais il réussit à nous montrer l’irrésistible attrait de la boxe pour la multitude de désœuvrés qui, à longueur de temps, frappent dans des sacs, frappent dans des têtes et vont au tapis, le visage ensanglanté, pour quelques billets. Il décrit la féminisation de ce sport, qui jette en pâture au public déchaîné des femmes désirant être les égales des hommes devant la douleur.

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Eddie, témoin silencieux, toujours dans l’ombre...

Mais ce n’est pas tout. Clint a adapté la trame des écrits de F.X. Toole, ancien soigneur professionnel de boxe pour s’attacher aux rôles de deux vieux accrochés à la boxe comme à un radeau dans les chutes du Niagara. Morgan Freeman interprète Eddie Scrap-Iron Dupris, ancien boxeur borgne à cause du combat de trop, homme à tout faire, gardien de salle. Sa nonchalance trahit-elle du désespoir ou la certitude d’être passé à côté de la gloire ? En tout cas, l’acteur se hisse au niveau de Clint Eastwood (non, je ne dirai jamais du mal de Clint !) et j’admire une nouvelle fois son talent car depuis "Seven" où je l’ai réellement découvert, aucune de ses interprétations, même dans des films très moyen, n’est critiquable !

Et il y a Frankie Dunn, interprété par Clint, ayant trouvé dans ce personnage une richesse et une profondeur qui l’ont persuadé de passer devant la caméra. C’est un entraîneur de boxe, soigneur aux talents reconnus, qui traîne sa longue carcasse dans sa salle de boxe qui le fait vivre dans un quartier pauvre d’une ville américaine. Il accompagne des gamins, doués pour le combat et réceptifs à ses méthodes (ne jamais poser de question ou dire non à ses ordres !) pour les emmener vers le championnat du monde.

L’acteur réussit une performance magistrale, pleine de retenue, d’émotions refoulées, de regards profonds et surtout, lorsque l’histoire touche à sa fin, touche un registre qu’on l’a rarement vu aborder. Et là, je dois dire qu’il m’a bluffé. J’ai été complètement pris dans le piège du film, emmené par le personnage de Frankie Dunn, passant du rôle de vieux grincheux refusant de s’occuper des filles à l’entraîneur distant et froid puis au la figure paternelle qu’il ne peut plus vivre avec sa propre fille mais retrouve avec Maggie jusqu’au rôle extra-ordinaire que le destin et la jeune femme lui ont choisit.

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Dunn et maggie, en route vers la gloire

Beaucoup de gens penseront que ce film joue facilement avec nos émotions, peut être diront-ils qu’il est larmoyant ou qu’ils n’ont pas été touchés par l’histoire. C’est dommage, car il est au contraire d’une grande retenue. Pas d’effet facile ou de scène parachutée pour faire monter la sauce. Clint maîtrise le cinéma, sait créer une atmosphère. Il sait certainement s’entourer de grands professionnels pour arriver à jouer avec les éclairages, les décors, la musique (qu’il compose aussi) et les dialogues. Le rythme est volontairement lent pour progressivement et inéluctablement dévoiler les failles et les forces de chacun et pour aboutir à une fin inattendue et bouleversante.

Certains personnages secondaires sont également remarquables. En premier, il faut citer Danger Barch. Il s’acharne à venir dans la salle de Frankie. Il enfile un vieux short, un collant et fait des moulinets avec ses petits bras frêles. Il s’imagine combattre le plus grand boxeur et gagner la ceinture de champion du monde ! Personne (sauf un jeune cruel et violent) n’a le courage de lui dire qu’il est ridicule, qu’il ne sera jamais boxeur et que ses rêves sont des chimères.

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J’ai une question à vous poser...

Ce personnage, un peu pitre, un peu benêt est interprété par Jay Baruchel. Il arrive à lui donner vie sans exagération, sans sombrer dans la caricature. Il incarne jusqu’à l’outrance le petit boxeur, sans talent, sans force, qui rêve de conquêtes et qui finira par ne trouver que souffrances et poussières. Eddie le protège, le prend sous son aile malgré les critiques de Dunn, irrité de le voir dans sa salle, sans payer. Ce dernier est impitoyable car il ne cherche que l’excellence et ne s’attarde pas sur la médiocrité lorsqu’il s’agit de boxe. Cet aspect abrupt du personnage est un contrepoids à se relation avec Maggie, qui possède un talent inné pour le KO, le coup qui abat l’adversaire, malgré son âge et son manque total de maîtrise et d’entraînement.

Les autres personnages importants sont les membres de la famille de Maggie. Malgré les humiliations, le manque d’amour que la jeune femme subit depuis son enfance, elle ne peut s’empêcher de les aimer et de vouloir leur bonheur. Sa mère est égoïste et cruelle. Ses frères et sœurs se moquent d’elle et ne comprennent pas ses choix de vie qui leur montrent leur propre médiocrité. Aucune exagération dans les rapports de Maggie avec sa famille. Tout ceci existe bel et bien : l’appât du gain, la cruauté, le rejet... C’est affreusement banal et montré une fois de plus avec réalisme par Clint Eastwood.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur l’histoire, les rapports qu’entretient chaque personnage avec les autres, les non-dits, les blessures secrètes, encore ouvertes et douloureuses (les lettres de Frankie à sa fille qui lui reviennent toutes, la culpabilité de Frankie envers Eddie, Maggie et son père disparu...) Si ce film traduit ou révèle quelques pensées du réalisateur, on peut dire qu’il est d’une grande intelligence, qu’il refuse le voyeurisme et les jugements hâtifs et définitifs.

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Les regards de Dunn et Maggie en disent plus longs que tous les mots qu’ils se disent

Cette histoire n’est certes qu’une histoire parmi d’autres, exceptionnelle par son dénouement, mais elle nous renvoie directement à des affaires faisant la une de l’actualité , à la religion et à la justice. Comme chacun des films les plus personnels de Clint Eastwood, il nous fait s’interroger sur nos propres choix, nos propres jugements et nous fait nous demander : qu’aurais-je fait à sa place ?

1 Message

  • > Million dollar baby 21 avril 2005 21:46, par Damien

    Excellent article.

    Concernant le film, je n’ai rien à rajouter, sinon qu’il faut aller le voir ...

    C’est l’un des rares films que je suis allé voir deux fois au cinéma, et avec le prix d’une place, c’est pas rien ...

    Un film à ne pas manquer.

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