Bon je sais, encore lui, encore Mike Patton. J’irais pas jusqu’à dire que je suis fan (déteste ce mot), tout d’abord parce que je n’ai pas forcément aimé tout ce qu’il a pu faire, mais ce que j’apprécie par dessus tout, c’est ça démarche musicale : innovations, imagination, originalité, talent, prises de risques. Pour les deux du fond qui ne suivent pas (toujours les mêmes) je rappelle que Mike Patton, c’est des tas de participations à des projets divers, et surtout le chanteur charismatique de Faith No More.
Ici avec Mr. Bungle, nous avons affaire à un groupe de potes. La formation est composé en 1985 à Eureka (ça s’invente pas) en Californie par des amis d’enfance et des camarades de classe. Au début, le style est plus orienté death metal et autres sauvageries du genre pour devenir ensuite, apport jazz et ska aidant, unique en son genre ! On dira souvent qu’il s’agit de "funk metal", d’autres emploieront le verbe "bungliser". Bref, il s’agit vraiment ici d’un groupe tout à fait particulier.
Les débuts sont difficiles, comme tout jeune groupe. Cela commence par l’élaboration de nombreuses maquettes. Le fait que Patton fut repéré par les membres de Faith No More donna forcément un grand coup de pouce à l’éclosion du groupe, qui serait alors peut-être totalement tombé dans l’oubli. La rencontre de John Zorn (saxophoniste de jazz) aussi, qui produisit d’ailleurs le premier album et influença de façon non négligeable le groupe.
Le succès a beaucoup de difficulté à venir, étant donné que personne n’arrive à classer le type de musique qu’ils produisent. Il faut dire, le style pouvait passer du ska bien cuivré au jazz, puis au métal, ou le tout mélangé et ça dans un même morceau. De ce fait à l’époque, ça n’a pas fait l’unanimité, le groupe restera d’ailleurs toujours en marge : personne n’était prêt à écouter ceci ; un style quasiment à contre courrant. Mais, peut importe, le fait de pouvoir produire leur musique et faire ce qu’ils voulaient était déjà une grande satisfaction.

- Mr. Bungle
En 1991, après moult démos sort enfin le premier album Mr. Bungle, à la tendance générale plutôt ska, avec des originalités style « musique de foire » ou « musique de clowns », tout en restant bien métal de l’époque qui a pris d’ailleurs un petit coup de vieux. C’est un album parfois un peut "fou fou", agité, ça ne reste pas sérieux très longtemps. On a notamment droit au funcky, travaillé et farfelu du titre Egg, sûrement le morceau phare de l’album, bourré d’effets divers et variés, qui se termine vraiment dans le chaos général, avec un Patton limite autiste. On a même droit à une petite imitation de Ray Charles tout à la fin. On retiendra notamment la phrase "Oh, an egg comes out of a chicken / Oh, a chicken comes out of an egg", pour donner un peu l’ambiance générale du disque.
1995 est l’année faste pour Patton connaissant un grand succès avec Faith No More et l’album King for a Day... Fool for a Lifetime. Mr. Bungle la même année sort aussi son album, un OVNI, Disco Volante. Cet opus est sûrement le plus dur à appréhender. Et pourtant, c’est sûrement le plus intéressant. Il est plutôt dans une influence jazz cette fois-ci, plus nettement que le premier, et surtout, fini le ska.

- Disco Volante
Nous avons droit à un magnifique titre quasiment purement jazz avec Chemical Mariage, mais aussi Carry Stress In The Jaw ou là, saxophone, guitare saturée et batterie se répondent pour donner un morceau excellent et d’une absolue originalité. La deuxième partie du titre est plus dans un style pop rétro ou quelque chose du même genre et part dans un délire typiquement "bunglelien" : Un grand moment. On retrouve aussi dans ce CD, des moments nettement plus free, notamment avec The Bends, plus techno avec Desert Search for Techno, de l’originalité avec des passages limite tango sur Violenza Domestica où l’ami Patton se mets à l’italien, Ma meeshka mow skowz orné de bruitages à la Tex Avery. On termine enfin avec un morceau de pop anglaise rétro style Beatles qui s’enchaîne avec du death metal des familles à la Slipknot pour finir ensuite tout en douceur. Bref, un CD pas facile qui en rebutera sûrement beaucoup, pourtant, il s’agit vraiment là d’un album unique et qui est pour moi une référence.

- California
En 1999, un autre album, un autre genre encore. California est sûrement le disque de Mr. Bungle le plus accessible pour le commun des mortels, moins agité que les précédents et surtout moins farfelu (dommage dirons certains). Ceci dit, ils ont encore une fois le mérite de nous surprendre avec un son un peu rétro, où l’on jurerais parfois entendre les Beach Boys ou quelque chose du genre, comme le titre Vanity Fair par exemple, mais à leur sauce bien à eux tout de même et surtout, mélangé à plein d’autres tendances musicales comme les sonorités asiatiques d’ Ars Moriendi. C’est un album très riche musicalement, je dirais même mâture car ça ne sonne vraiment pas comme quelque chose d’expérimental, à la différence de Disco Volante. Le morceau Golem II The Bionic Vapour Boy nous rappelle au bon souvenir des deux premiers CD tout de même, pour l’ambiance clown du premier et le style jazz du second. Il se termine par l’excellent Goodbye Sober Day qui, comme sur l’album précédent, fait preuve d’une grande originalité avec un passage central style "moine tibétain" et clôture cet oeuvre avec brio. Mais le grand avantage de California par rapport aux autres, c’est que l’on peut l’écouter en présence de son entourage sans qu’il ne se pose de questions sur votre santé mentale. Un bel album qui s’écoute très bien, et en toute circonstance donc. Moi je dirais un chef d’oeuvre bourré de talent mais ça n’engage que moi bien entendu.
Pour l’heure, nous n’avons toujours pas de nouvelles de Mr. Bungle depuis California. D’après une interview de Patton en 2003, il semblerait bien que ce soit fini, du fait que les membres du groupe sont éparpillés un peu partout et vivent leur propre vie. Dommage ...

La Prise éclectique