David Lynch est un cinéaste hors norme qui ne se contente pas de filmer des histoires. Il préfère emmener le spectateur dans son univers, sans tenir compte des règles ou de la logique. Du coup, il prend le risque de dérouter le public, le malmener et même de le voir refuser le voyage. Si le spectateur réussit à rentrer dans ce monde étrange, plein de codes et de références, tel un puzzle ou un kaléidoscope, il a alors la possibilité d’entrevoir une ou plusieurs vérités, une ou plusieurs lectures possibles du film.
Mulholland Drive n’échappe pas à cet avertissement au spectateur. Il ne s’agit pas d’un thriller, d’une enquête policière ou d’un film fantastique classique. Il s’agit de tout ça et de bien plus encore.
David Lynch, avec virtuosité, nous montre dans la première partie du film une histoire envoutante d’une femme amnésique, poursuivie par des tueurs. Il s’agit de Laura Elena Harring qui tout au long du film dégage une aura et une sensualité exacerbée. Elle est finalement hébergée par une jeune actrice, campée par Naomi Watts, débarquée à Los Angeles chez sa tante partie en voyage.

- Les deux actrices principales
- Naomi Watts, la blonde, et Laura Elena Harring, la brune
La réalisation de cette première partie est magistrale car les suspense est là, le mystère aussi. On s’attache aux deux personnages féminins d’une façon irrémédiable. Bien sûr, des détails ou des scènes semblent bizarres (les deux hommes au café par exemple) mais on se dit qu’on comprendra plus tard, qu’il faut patienter...
L’histoire avance donc et on assiste à des scènes impressionnantes de maîtrise tant de la part des actrices que du réalisateur. Il s’agit bien entendu de la scène de l’audition où Naomi Watts est réellement époustouflante et de la scène d’amour entre les deux femmes, d’un érotisme insoutenable !
Plus on avance, plus le mystère s’épaissit... jusqu’à la scène clé du film, dans un théatre où les deux femmes voient un spectacle étrange. On leur montre à plusieurs reprises que tout n’est qu’illusion, tout est déjà enregistré... La jeune actrice semble en transe pour une raison incompréhensible et se retrouve avec une boîte dans son sac à main... Pourquoi ?
Dès lors, l’histoire qui se déroulait de façon classique semble prendre une route cahotique et part dans tous les sens... David Lynch nous entraine dans des labyrinthes où les lieux, les sons, les personnages, les scènes ou les objets semblent incohérents, mélangés, illogiques ! Tout à l’air de se mélanger, on navigue entre cauchemar, réalité, sans explication évidente.
A partir de là, le spectateur est susceptible de prendre deux chemins : l’abandon et le désintéressement total de la fin de l’histoire ou bien la réflexion et la recherche d’une vérité expliquant le spectacle qui lui est donné. Malheureusement, dans le premier cas il est fort probable que l’on n’aime pas ce film pourtant réalisé de façon magistrale...
Mulholland Drive m’a tout de même laissé perplexe car étant un adepte de l’univers lynchien (de Twin Peaks à Blue Velvet) j’ai apprécié la reprise de certains objets fêtiches (les rideaux de velours par exemple) ou la reconnaissance de son style dans les gros plans ou le choix de ses acteurs... Mais la seconde partie est réellement très très bizarre (trop ?) et cela à tendance à aténuer le plaisir de la première partie.

- Une scène typique de l’univers lynchien
Mais après une mûre réflexion, qui est tout de même le but recherché par David Lynch, je me suis rendu compte qu’entre la réalisation parfaite, les actrices exceptionnelles, la bande son incroyable et certains scènes qui deviendront des classiques du cinéma, Mulholland Drive est un film que je reverrai avec plaisir et avec attention afin de dénouer l’intrigue et en admirer la construction diabolique.
La Prise éclectique