New York : Unité Spéciale (NYUS) est une série américaine présentant des enquêtes menées par l’« Unité Spéciale pour les Victimes » de la Police de New York. Ses équipes sont spécialisées dans les crimes à caractère sexuel. Le sujet est difficile et offre toutes les possibilités de ratage. Mais Dick Wolf, en vieux baroudeur de séries policières, réussit à créer une atmosphère hyper-sérieuse, tendue et sensible, sans sombrer dans le voyeurisme ou le sensationnalisme...
Générique !
Dès le générique, on est dans l’ambiance : c’est noir, très noir. Des photographies en noir et blanc ou monochromes défilent lentement, présentant des scènes représentatives du travail de l’Unité Spéciale : arrestations, procès, scènes de crimes... Les visages sont fermés, graves, marqués par le douleur, la tristesse ou le désespoir. Les personnages principaux défilent ainsi, pris sur leur lieu de travail, dans une allure parfaitement professionnelle, presque glacée. La musique est douce mais plaintive, sourde et répétitive. Un excellent générique.

- L’ambiance est posée dès le générique...
Une voix nous apprend en quelques mots que nous allons voir une histoire tirée de l’expérience de l’Unité Spéciale pour les Victimes de la police de New York. Cette courte présentation, suivant le générique et devançant le début de l’épisode, fait penser à une sorte de documentaire sur un fait réel alors que ce n’est qu’une fiction...
Les personnages
Pour ne pas montrer que le travail des enquêteurs, ultra-rabâché par l’industrie des séries américaines, Wolf a décidé de montrer également le travail des psychologues et des substituts du procureur.
Le psy, interprété par B.D. Wong, aide les policiers à appréhender la psychologie des suspects et aussi celle des victimes. Les cas abordés sont souvent sordides et à la limite du supportable. Il n’est pas rare de voir le psy conseiller les flics sur la façon de penser des suspects : celui-ci ne supporte pas qu’on le prenne pour un nul ou un raté, celle-ci est mal à l’aise avec les femmes... Cela ne permet pas forcément d’obtenir des aveux mais cela oriente les interrogatoires et permet d’accélerer les choses.
Concernant les victimes, le psy est là pour les aider et expliquer aux flics ce qu’ils n’arrivent pas forcément à comprendre : pourquoi certaines refusent de parler aux policiers, ou refusent de dénoncer leur agresseur, ou mentent carrément en accusant une personne imaginaire, en niant l’agression... Il ne s’agit pas de dénigrer les victimes mais de montrer que face à un acte abominable, un être humain ne réagit pas comme on l’attend... Le flic, qui est là pour agir vite et régler l’affaire proprement ne comprend pas ces réactions et peut avoir l’impression que la victime est aussi son ennemi, comme le criminel...
Le substitut du procureur (une femme en fait, interprétée par Diane Neal dans les récents épisodes) est la personne qui va prendre le dossier monté par les enquêteurs pour intenter un procès au suspect et le faire condamner. Ainsi elle intervient à la suite des interrogatoires, lorsque le suspect est sérieusement impliqué. Les preuves apportées par les flics servent à monter le dossier d’accusation. On assiste donc souvent à des prises de bec entre enquêteur et substitut : leurs objectifs sont les mêmes (coincer les criminels) mais les moyens sont différents.

- Les principaux personnages de l’Unité Spéciale
Les flics de l’Unité Spéciale sont nombreux. On en suit quelques uns dans la série, représentatifs de la société américaine : Ice-T, Christopher Meloni, Richard Belzer et la remarquable Mariska Hargitay. Leur chef (Dann Florek) est également représentatif des chefs à la Capitaine Dobey de Starsky et Hutch !
Le tandem Stabler / Benson (Meloni / Hargitay) est réellement réussi. Ils sont tous les deux intelligents et tenaces. Ils se complètement très bien car il est parfois impétueux, au risque de faire rater l’enquête. Hargitay est plus réfléchie, sensible mais elle sait être impitoyable.
L’équipe suivie par la série est donc très bien équilibrée car elle permet de suivre les enquêtes policières à tous les niveaux : sur le terrain (scènes de crimes, poursuites, recherches...), dans les bureaux (interrogatoires, dépositions, tractations...) jusqu’au au tribunal (audiences, procès, négociations)
Une construction par chapitre
Pour marquer la progression de l’enquête, chaque histoire est découpée en chapitres, pas forcément égaux. Un écran présente en lettres blanches sur fond noir le lieu et la date de la prochaine scène. Cela va de la découverte du crime, aux dépositions, procès ... Ce système permet d’accentuer la tension et de bien situer les scènes car 52 minutes peuvent passer très vite pour résumer une enquête et un procès qui durent des mois !
Lors de chaque passage de ces panneaux noirs, une sorte de gong retentit. C’est la marque de fabrique des série de Wolf puisqu’on entend également ce bruit dans New York Section Criminelle !
Vie professionnelle / vie privée
Chaque épisode de la série correspond à une enquête. On peut donc, si on veut, regarder les épisodes indépendamment les uns des autres. Toutefois, pour donner de la profondeur et de la consistance aux personnages principaux, Wolf n’hésite pas à insérer dans certains épisodes des scènes de leur vie privée (des enquêteurs Stabler et Benson notamment)

- Les deux principaux acteurs : Christopher Meloni et Mariska Hargitay.
Bien sûr, il s’agit d’un stratagème pour fidéliser les téléspectateurs, qui s’attachent aux personages et préfèrent voir les épisodes dans l’ordre afin d’en connaître un peu plus. Mais ces scènes sont toujours extrèmement bien insérées dans l’histoire. Ce n’est jamais superficiel. On découvre leurs failles, leurs faiblesses et quelques histoires de leur vie passée...
Grâce à la magnifique intelligence des programmateurs de TF1, si vous regardez les épisodes (diffusés en septembre 2005), vous avez droit à un épisode inédit suivie d’une rediffusion d’un épisode au hasard des saisons passées. Comme d’habitude avec la chaîne du béton armé, vous risquez de rater certaines subtilités, car rien n’est raccord ! Et ça permet de rallonger le délai de diffusion puisqu’un seul nouveau épisode est passé par semaine...
Des crimes abominables
Les sujets abordés dans NY US ne sont pas fréquents dans les autres séries car ils abordent le sexe et toutes ces déviances. Bien sûr, le meurtre est le pain quotidien de le Section mais il est toujours associé à des faits horribles supplémentaires : viol, inceste, torture, séquestration... Souvent il n’est que le point final d’une histoire ayant démarré des mois ou des années auparavant et que personne ne supposait... Par exemple : des cas de violences sur mineurs, d’inceste répété sur tous les enfants d’une même famille, de harcèlement physique et/ou moral dans un couple, d’enlèvements avec tortures, de serial killer jamais soupçonné.

- La tragédie vécue par les victimes est abordée sans concession
La série présente aussi le système judiciaire avec ses forces et ses faiblesses. Les avocats des suspects peuvent se montrer plus rusé que le procureur et trouver la faille pour faire libérer leur client, les flics peuvent se tromper sur une personne et accuser un innocent, le procureur peut être obligé d’abandonner les charges pour cause de manque de preuve, de risque de perdre le procès trop important... Il peut aussi arriver que la victime devienne bourreau, que faire dans ce cas-là, appliquer la loi et trouver des circonstances atténuantes ?
Un épisode de NY US ne peut laisser indifférent car il questionne sur notre capacité à voir ce qui se passe autour de nous. Les violences conjugales, les violences sur mineurs ne sont pas spécifiques à la société américaine. Bien sûr, il s’agit de fiction mais la malaise est réel lorsqu’on pense à ce que l’homme est capable de faire endurer aux autres... Et, dans NY US, comme dans la vie, le héros ne gagne pas toujours à la fin...
La Prise éclectique