On pouvait penser que le film OSS 117 ne reposerait que sur Jean Dujardin, promu récemment Prince de la comédie à la française en remplacement de Michaël Youn et Jamel Debbouze, égarés dans le star-business. En fait, Michel Hazanavicius a réalisé un film personnel intéressant par bien des aspects, malgré le côté lourd de certaines scènes.
Jean Dujardin, permis de casser
Depuis Brice de Nice, de sinistre mémoire, je craignais que OSS 117 ne soit qu’un Brice au pays des espions. Ouf ! On a ici évité le désastre total du navet capilo-surfesque, réussite beaucoup plus financière qu’humoristique
Jean Dujardin campe Hubert Bonisseur de La Bath avec un style impeccable. Par moment, on croit que Sean Connery s’est réincarné ! Le sourcil froncé, le sourire ravageur, la poitrine velue, mais pas trop... bref, l’acteur réussit une belle performance.

- J’adore mettre mon costume en alpaga !
Par exemple, la scène de poursuite dans les rues du Caire, en pleine nuit américaine, est digne de Hitchcock : tout sonne faux, comme au bon vieux temps des trucages à deux balles ! Et le comique est simple et efficace : une démarche ridicule, comme dans Tex Avery, jusqu’à la conclusion affligeante !
Les stéréotypes de James Bond sont présents : toutes les filles se retournent lorsque OSS 177 croise leur chemin, le héros est toujours bien habillé, distingué et à l’aise en toute situation. Mais, ici, il y a toujours un petit décalage qui fait sourire (à défaut de faire rire)
Exercice de style : film d’espionnage français des années 1950
Heureusement que le film ne s’arrête pas au one man show de Dujardin ! Hazanavicius a réalisé un exercice de style de manière convaincante : refaire un film d’espionnage sous fond de guerre froide, comme dans le temps.
Cela commence avec un beau générique quasi-psychédélique, de Laurent Brett, avec couleurs et formes acidulées qui rappelle les styles de Maurice Binder ou Saul Bass, maîtres du genre.
Ensuite, le grain de l’image, les éclairages, les décors et les costumes : tout a été pensé pour faire comme si c’était un film de cette époque. On y croit finalement. Les plans truqués lorsque les personnages se déplacent en voiture (ou en scooter ! scène de poursuite très amusante) font sourire et apportent un brin de nostalgie.

- J’adore me battre !
La galerie de personnages secondaires est également réussie : entre les espions soviétiques, allemands et français, on a droit au personnel autochtones aux diplomates et aux extrémistes de tout poil (arabes ou même nazis). Chacun a la gueule de l’emploi, comme au plus beau temps des films muets, où il fallait que l’acteur incarne son personnage pour que le spectateur sache instantanément de qui il s’agissait.
On a droit à deux OSS 117 girls : Aure Atika, la plus connue et pourtant la moins crédible (est-ce volontaire ?) et Bérénice Bejo charmante et espiègle en égyptienne comploteuse. Elle a la lourde tâche de donner la réplique à Bonisseur de la Bath pendant toute l’enquête, tout en essayant de ne pas craquer face à sa goujaterie et son égocentrisme cocardier.
Un humour colonialiste franchouillard
Malgré cet aspect ludique du film, on frôle à plusieurs reprises la catastrophe. Le démarrage est difficile et quelques scènes lourdes viennent couper le rythme (notamment les scènes en noir et blanc entre Hubert et Jack jouant au jokari sur la plage)
L’intrigue est parfaitement quelconque et sans suspense. On n’arrive pas à s’intéresser vraiment au scénario (il y en a un ?) , ce qui fait que le seul intérêt reste le personnage principal qui joue les Mister Bean franchouillards complètement largué dans un pays inconnu.
On en vient alors à la deuxième surprise du film : les blagues limites sur les musulmans. OSS 117 est un français colonialiste, arrogant et sûr que l’Empire colonial apporte la bonne parole aux indigènes qu’il exploite.

- Tu vois cette photo ? C’est René Coty !
Par moment, on ne sait si on se moque de lui ou bien de ses victimes. Lorsqu’il dérape et fait taire le muezzin, lorsqu’il assène des phrases définitives : « votre religion n’a aucun avenir »... ça surprend et fait penser au comique façon Canal + : provocant et décalé (comme pour la bataille de poulets). Michel Hazanavicius ayant travaillé pour la chaîne (le grand détournement), cela s’explique.
Je suis donc ressorti du film avec un sentiment mitigé. Pour moi, le film est moyen (mais je m’attendais à pire) mais le public visé est sûrement ressorti ravi de la projection. Jean Dujardin ressort une nouvelle fois grandi du film et sa cote de popularité risque encore de grimper, auprès du jeune public et auprès des producteurs, alléchés par le filon.
La Prise éclectique