Quand après avoir lu des dizaines d’auteur de romans policiers, de thrillers et d’épouvante je suis "tombé" sur "Une peine d’exception" de Patricia Cornwell, il ne m’a pas fallu longtemps pour acheter l’ensemble de la série des Kay Scarpetta, que je dévorais à une vitesse ahurissante, sans aucun répit et avec un plaisir incroyable !
Certes le point de départ de la série est classique pour ce genre d’auteur, ciblant plutôt un public féminin et urbain. Patricia Highsmith a poussé cet art à l’extrème : une héroïne intelligente, cultivée, indépendante, qui a autant de réussite professionnelle que d’échec sentimentaux et à qui il arrive des histoires incroyables. On en a lu un, on les a tous lu finalement.
Pourtant, Patricia Cornwell possède une expérience peu commune : elle a officié comme médecin légiste pendant de nombreusues années. C’est pourquoi elle a décidé que son héroïne, Kay Scarpetta, serait également médecin légiste, ce qui donne un relief particulier à toutes les descriptions de ce métier aussi repoussant que mystérieux pour la commun des mortels.
Ainsi donc, Kay Scarpetta est responsable du service médico-légal de Richmond, la ville où elle habite. Elle dirige d’une main de maître toute une équipe ayant en charge les autopsies des victimes que lui apportent les policiers. Bien entendu, chaque histoire permet de connaître des détails fascinants sur ces opérations d’un genre particulier. Un luxe de détails entoure chaque aspect des ces pratiques, accompagné du jargon scientifico-médical qui participe à l’atmosphère particulière des romans.
Le deuxième atout de la série, qui m’a évidemment beaucoup plu, est la façon de traiter l’informatique. En effet, la nièce de l’héroine est une jeune surdouée, maîtrisant l’informatique sur le bout des doigts et qui finit par faire un passage au FBI pour exercer ses nombreux talents. Tout est crédible de bout en bout. Le jargon informatique est employé à bon escient, le matériel décrit également et les explications techniques tiennent la route. On apprend l’existence de certaines bases de données sensibles sur les criminels en se demandant où s’arrête la fiction !
Ce point est suffisament rare pour être souligné. On a tellement l’habitude de lire des absurdités ou des approximations concernant l’informatique que cela en devient comique. Chez Patricia Cornwell, pas du tout. De ce fait, on se sent en confiance quand l’auteur se lance dans des descriptions techniques sur des sujets aussi divers que la pyrotechnie, la virologie, l’anatomie, les armes à feu ou l’espionnage.
Tout au long des romans de la série, Patricia Cornwell affine la psychologie de ses personnages principaux. Kay Scarpetta est présentée comme une femme réellement exceptionnelle par son intelligence et sa volonté. A côté de ça bien entendu elle doute du bien fondé de sa vie (professionnelle et amoureuse) et de ses choix et regrette certaines décisions qu’elle a dû prendre en son âme et conscience.
Le policier Pete Marino, Inspecteur à la section des homicides de Richmond, aussi beauf que macho, devient finalement très attachant au fil des romans car P. Cornwell démontre par petites touches qu’il a un coeur, tient énormément à Kay et la respecte plus que lui-même. L’auteur doit s’amuser follement à faire apprécier par ses lectrices un personnage aussi antiféministe et rétrograde, adorateur des armes à feu, de l’alcool et des cigarettes, de la bouffe non équilibrée, au langage coloré et politiquement incorrect...
Benton Wesley est l’antithèse de Marino, il est un agent du FBI spécialisé dans le profilage qui pense en scientifique, très cultivé, posé mais pourtant homme d’action. Il est également l’amant de Kay Scarpetta, marié et père de famille, il représente l’inaccessible et le bonheur mélangé à la tragédie. A ce titre, "Dossier Benton" est une réussite pour combler les trous de cette histoire, racontée au compte-goutte dans les romans précédents.
Le dernier personnage crucial de la série est Lucy, la fille unique de Dorothy, la soeur cadette de Kay Scarpetta, que celle-ci considère comme sa fille spirituelle. L’amour entre ces deux personnages est présent à chaque page mais n’empêche nullement les conflits, les incompréhensions et les colères. Car on voit Lucy se transformer à chaque roman pour passer tour à tour de l’adolescente renfermée à une jeune femme sportive, volontaire, cadet du FBI puis agent dans les services de l’ATF ( Bureau des alcools, tabac et armes à feu), pilote d’hélicoptère, surdouée de l’informatique... Elle est souvent le point faible que les adversaires de Kay savent mettre en péril pour lui nuire.
Face à ses personnages pleins de ressources, P. Cornwell crée des "méchants" à leur mesure. Ce ne sont pas de simple gangsters ou de simple malfrats mais des tueurs en séries, des psychopathes marginaux ou des malades mentaux cruels et rusés, capables du pire pour arriver à leur fin : entre Temple Gault, Carrie Grethen et Jean-Baptiste Chandonne, non seulement Kay devra effectuer les autopsies des nombreuses victimes qu’ils laissent sur leur passage, mais elle devra les affronter physiquement pour les mettre hors d’état de nuire.
Ce qui reste de toutes ces histoires morbides, pleines de suspense et de sang, c’est tout de même une vision noire de la vie américaine d’aujourd’hui. Kay Scarpetta est confrontée à la réalité angoissante des travers les plus sordides favorisés par la technologie, la science et le modernisme. Elle est obligée d’employer toute son intelligence et ses connaissances pour pouvoir contrer ses adversaires. Le lecteur est ainsi témoin de ses réflexions et découvre en même temps la face cachée des enquêtes policières et fédérales de la façon la plus brute et la plus réaliste qui soit.
La Prise éclectique