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Ray : ascension d’un génie de la musique

Tout pour la musique !

mercredi 9 avril 2008, par darthbob

« Ray » est un excellent film de Taylor Hackford, qui nous entraîne sur les traces de l’immense Ray Charles, de ses débuts poussifs comme pianiste dans un groupe itinérant jusqu’au succès mondial qui l’a mené au firmament des artistes.

Jamie Foxx, un Ray jusqu’au bout des ongles

Tout d’abord, il convient de saluer la prestation de Jamie Foxx, qui parvient à nous faire croire de bout en bout qu’il est Ray Charles, aveugle, pianiste virtuose, chanteur à la voix si reconnaissable, au charisme subtil.

L’acteur s’est glissé dans la peau d’une icône de la musique noire américaine, admiré pour son talent, son travail mais aussi pour sa vie tumultueuse et sulfureuse. Un tel personnage, réel de surcroît, pouvait entraîner n’importe quel acteur dans un fiasco, un jeu forcé pour paraître crédible…

Jamie Foxx est Ray Charles

Rien de tout cela, Jamie Foxx restitue les gestes et surtout les rires et les sourires du grand Ray. On imagine alors quelle devait être la force du personnage ! Tour à tour simulant la naïveté, jaugeant son interlocuteur par le son et le toucher, se cachant derrière un sourire enjôleur.

Ce qui est remarquable, c’est qu’on finit par oublier de temps à autres que Ray est aveugle. A mesure que sa gloire grandit, qu’il acquiert un répertoire, qu’il organise ses tournées, choisit ses musiciens et choristes, il devient businessman, traite avec la plus grande maison de disques, d’égal à égal. Ces interlocuteurs finissent par se sentir diminuer en sa présence !

L’enfance de Ray, par flash-back

Le film est entrecoupé de flash-backs montrant le jeune Ray, élevé par sa mère, seule et pauvre dans le sud des Etats-Unis. Ces scènes, fortes et belles, ont un goût à la fois amer et sucré.

Le réalisateur a su faire passer l’ambiguïté des souvenirs de Ray. On sent la nostalgie de ces années d’insouciance, celles d’avant la cécité, avec sa mère et surtout son jeune frère trop tôt disparu. Mais, au-delà de cette jeunesse éloignée, ces souvenirs se mêlent à ceux très durs de la progression de la maladie, du travail acharné de sa maman pour gagner un peu d’argent, de la mort de son frère dans des circonstances tragiques.

Ray et sa maman

Peu à peu, on découvre une interprétation des failles de Ray Charles adulte. Son enfance n’en était finalement pas vraiment une. Il a fallu qu’il quitte sa mère pour partir dans une institution spécialisée. La pauvreté, l’isolement et les coups durs de la vie ont laissé des blessures qui ne se sont peut être jamais refermées.

Ray Charles et la drogue

Le réalisateur a choisi de ne pas occulter la vie tumultueuse de Ray Charles. Très tôt, lorsqu’il démarre sa vie de pianiste, il succombe à l’attrait de la drogue dure, courante dans le milieu qu’il fréquente.

L’héroïne accompagne Ray pendant de très nombreuses années. Elle fait partie de sa vie comme une compagne inflexible et impitoyable. Mais, le déroulement du film laisse à penser que la drogue est aussi source d’inspiration, quasi divine. Ray a-t-il poussé son talent jusqu’au point d’être reconnu dans le monde entier parce que la drogue l’a aidé à se dépasser, à inventer, à oser ?

Les débuts difficiles de Ray Charles

Cette thèse assez délicate est renforcée par le fait que lorsque l’artiste atteint le point de non retour et qu’il subit une cure de désintoxication extrêmement dure il se sépare de la drogue mais aussi peut être d’une partie de son talent.

Le film est d’ailleurs quasiment terminé après cet épisode. Ray Charles a peut être gagné en sérénité et en richesse mais côté musical, il se serait contenté de vivre sur ces acquis et de gérer son répertoire, de participer à des galas dans le monde entier. C’est une thèse répandue dans le milieu du show business, de tout temps, beaucoup pensent que la drogue est quasiment inséparable de la création artistique (alcool, héroïne, cocaïne, joints, opium…)

Ray et les femmes

L’attitude de Ray avec les femmes est étonnante. Au début de sa carrière, il est dépeint comme un homme seul, timide et enfermé dans sa cécité. Petit à petit, les femmes semblent s’intéresser à ce jeune pianiste doué, à la voix particulière, au sourire facile.

Dès lors, les conquêtes féminines se multiplient. Tel un marin, chaque port est l’occasion de connaître une nouvelle femme, de s’adonner aux plaisirs de la chair, de la drogue et de la musique.

Finalement, une jeune femme réussira à conquérir le cœur de Ray, à se marier avec lui et lui donner des enfants. Le film la montre à la fois volontaire et intimidée par Ray. Celui-ci semble la protéger de sa carrière et ne l’emmène presque jamais en tournée.

Ray et les femmes

Car la vie dissolue de l’artiste ne s’arrêtera finalement jamais. Son amour pour les femmes le conduira à mener des vies parallèles, entre sa femme légitime et des choristes ou des aventures sans lendemain. Sans prendre réellement conscience du mal qu’il fait, Ray poursuit sa quête du plaisir.

On a d’ailleurs l’impression que sa vie d’artiste a tout phagocyté et qu’il ne s’est jamais investi dans sa vie de famille. Ses enfants légitimes ou illégitimes ne le connaissent pas, le voient rarement. Il subvient à leurs besoins, sans plus. Est-ce la peur de l’inconnu ? Est-ce la peur de les entraîner dans sa vie tumultueuse ? On ne le saura pas vraiment.

Ray Charles et Mozart ?

Le film de Taylor Hackford a réussi à me faire connaître la vie du grand Ray Charles, par ses côtés célèbres (sa cécité, sa vie d’artiste, ses relations avec l’état de Georgie) mais aussi par des sujets brûlants comme la drogue et les femmes.

Je retiendrai surtout la composition flamboyante de Jamie Foxx et du jeune acteur interprétant Ray enfant. Quelques scènes très fortes font du film une œuvre qui mérite qu’on s’y attarde car elles font réfléchir au-delà du seul cas de Ray Charles. Comment et pourquoi le succès vient-il ? Lorsqu’on a des handicaps terribles (aveugle, noir et pauvre) , qu’est ce qui fait que le succès arrive tout de même ? La chance ? La drogue ? Le travail ? Le destin ?

Ray au sommet de sa gloire

Le film ne répond évidemment pas à ces questions mais renforce le sentiment qu’il faut protéger la jeunesse, aider les enfants en difficulté pour qu’ils puissent s’épanouir. Tout le monde n’est pas Mozart, génie en culotte courte à qui tout semble facile, mais tout le monde pourrait devenir un autre Ray Charles, travailleur, passionné, expérimentant et osant des choses qu’on juge sans intérêt au départ et qui finissent par être reconnues dans le monde entier !

P.-S.

Ray (USA, 2004)
Réalisé par Taylor Hackford
Principaux acteurs :
- Jamie Foxx,
- Kerry Washington,
- Regina King

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