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Sarkozy : la vérité si je mens !

Photo de groupe avec sourires

jeudi 6 décembre 2007, par darthbob

Une photographie en apparence anodine, illustrant un article de Augustin Scalbert sur Rue89 m’a frappé récemment.

Il s’agit d’une scène mille fois vue ces dernières années. Nicolas Sarkozy serre la main d’une brochette de personnes célèbres sous les flashs des photographes et le regard de la foule.

La photo

Tout d’abord la photo (propriété de Bertand Guay pour Reuters) :

La vérité si je mens !

Pas de quoi en faire un poster géant affiché sur l’Arc de Triomphe, me direz-vous ! Certes, mais il ne suffit pas de la regarder, il faut aussi la détailler.

Le contexte

Cette photo a été prise le jour du discours du président de la république pour la signature de l’accord issu du rapport Olivennes sur le téléchargement de contenus culturels. Nicolas Sarkozy a voulu marquer le coup en invitant un maximum de « stars » du cinéma, de la musique et de la télévision (le Paysage Audiovisuel Français, quoi : ! Le PAF) ainsi que les fournisseurs d’accès à Internet.

A l’issue du discours, le président n’a pas pu résister au bain de foule pour recevoir les félicitations du PAF, satisfait des mesures annoncées contre le « piratage ».

Le lieu

Le fond du décor est particulier. On y devine un grand tableau, des tentures, des éclairages au chandelier. Tout laisse à penser que les personnages se trouvent dans une luxueuse salle (ou la cour ?) de l’Elysée, sous les dorures de la république, invités par l’hôte : Nicolas Sarkozy.

Il ne s’agit pas d’une invitation anodine dans une obscure salle des fêtes d’une petite commune de province. Le lieu est solennel, spacieux et peut être intimidant, comme le laisse à penser Patrick Bruel.

Les personnages occupent quasiment tout l’espace de la photographie ! Cela donne une impression de foule, de personnes serrées et pressées d’approcher l’hôte… Cela renforce l’importance du geste central : la poignée de main entre le président et ses invités.

Le personnage principal

Comme toujours avec le plus haut personnage de l’état, il tient le premier rôle ! C’est en effet son visage qui attire l’œil car il est le plus net, entier et la mise au point est faite sur lui. Il est sérieux, presque grave comme il sied au président. Son costume est impeccable, l’insigne à son revers est bien visible car c’est quasiment la seule touche de couleur rouge de toute la photographie.

Soyons fou et imaginons un instant que la personne qui regarde cette photo ne connaisse pas Nicolas Sarkozy, elle devinera tout de même au premier coup d’œil qu’il est le personnage central de la scène et le plus puissant des protagonistes.

Les quatre mousquetaires

Le président est entouré par quatre personnes bien connues des français. De gauche à droite :
- Nikos Aliagas, l’animateur de la Star Academy, émission phare du PAF, amassant aussi facilement les euros qu’elle attire les adolescentes hystériques.
- Patrick Bruel, acteur et chanteur vedette ayant successivement popularisé les chansons pour midinettes et les vieilles rengaines pour grand-mères.
- Pierre Sled, journaliste sportif de France 2,
- André Manoukian, membre du jury de renommée internationale, vrai héros de l’émission « Nouvelle Star » sur M6.

Ces quatre personnes semblent alignées pour serrer à tour de rôle l’auguste main du président. Visiblement, cette situation les rend gais et souriants. Seul Patrick Bruel garde un sérieux de circonstance puisqu’il serre la main présidentielle avec fermeté et tente de lui parler.

Qu’y a-t-il d’intéressant dans tout cela ?

C’est simple. Les quatre personnages semblent tous unis dans un même état d’esprit : la joie et la bonne humeur. Apparemment le discours présidentiel les a épatés et satisfaits sur la politique de contrôle d’Internet contre le téléchargement.

Or, que représentent exactement ces quatre personnes ?

Il suffit de jeter un œil plus précis sur leur CV :

- Nikos Aliagas représente TF1 mais il vient de France 2. Il travaille avec Pascal Nègre, patron d’Universal en France, leader de l’industrie musicale, chantre de l’anti-piratage et profiteur associé des rentrées d’argent de la Star Academy.
- Patrick Bruel représente en quelques sortes à la fois le monde du cinéma et celui de la musique par ses activités partagées
- Pierre Sled représente France 2 et le monde sportif, composante importante du PAF mais il faut se souvenir qu’il vient de Canal+
- André Manoukian représente M6 pour sa participation à la « Nouvelle Star » mais aussi l’industrie musicale et du spectacle en tant qu’auteur, compositeur et découvreur de talents.

Si on résume donc, ces quatre personnes sont en quelque sorte un parfait panel représentatif des liens qui unissent les télévisions et l’industrie musicale et du cinéma et du soutien du PAF à Nicolas Sarkozy

Cette photographie est excellente pour le symbole qu’elle représente : l’industrie du divertissement serrant la main au président, avec le sourire, par l’intermédiaire d’un échantillon de ses stars médiatiques.

Les regards

La photographie est un instantané pris en une fraction de seconde. Celle-ci est surprenante car elle a saisi un instant particulier où les cinq protagonistes ne croisent pas du tout leur regard !

Patrick Bruel a les yeux braqués vers le visage détourné de Nicolas Sarkozy, déjà occupé à trouver une autre poignée de main à serrer. On a un peu de peine pour le chanteur, qui pensait peut être vivre un instant solennel et échanger quelques bonnes paroles mais la brièveté de l’instant semble couper court à son projet.

Nicolas Sarkozy serre la main du chanteur mais il ne le regarde plus, il est déjà attiré par un autre regard. C’est la vie politique ! Il faut serrer les mains en série et passer à autre chose.

En fait, Nikos Aliagas, Pierre Sled et Nicolas Sarkozy semblent se tourner vers une autre personne, hors champ (qui fait sourire le premier pour on ne sait quelle raison). André Manoukian a le regard perdu vers une cible indéterminée.

Ces regards fuyants donnent une étrange impression d’évitement.

Les tenues vestimentaires

Il est intéressant de détailler les couleurs dominantes de la photographie. Les vêtements sont tous dans les tons sombres : noir, gris, bleu très foncés.

Les chemises sont plus claires mais la couleur semble presque absente. Pierre Sled au une chemise blanche rayée de noir et gris et André Manoukian et Nicolas Sarkozy semblent porter une chemise bleue très pâle.

Tout cela est chic et de bon ton. Le président est le mieux habillé de tous, pas de crime de lèse-majesté ! Les autres sont chics mais décontractés. Ils représentent le monde du spectacle et pas de le monde des affaires. Pas de costard-cravate mais du classicisme austère !

J’ai l’impression de voir une photographie d’un film du type « La vérité si je mens… » ! Ils sont tous bruns, propres sur eux, bien habillés et souriants. Pour eux, la vie est belle et le destin les a comblé. Ils s’auto-congratulent du bon tour qu’ils viennent de jouer au dépend du gogo qu’ils ont dans le colimateur. Les pirates ? les FAI ? les consommateurs ?

Des questions

Pour conclure, des questions restent sans réponse à ma grande frustration… Les voici, en espérant que quelqu’un, un jour, parviendra à lever ces mystères :

- qui est le cinquième personnage qui fait sourire Nikos Aliagas et détourne l’attention du président ? Didier Barbelivien ou Christian Clavier ?
- qu’a voulu dire exactement Patrick Bruel à Nicolas Sarkozy mais qui n’atteint pas son but et semble tomber comme une mouche dans le potage ?
- le photographe est-il de la même taille que Nicolas Sarkozy pour le prendre en photo exactement à la bonne hauteur ?
- cette photo a-t-elle été recadrée ? Pourrait-on trouver l’image originale ?
- cette photo fait-elle partie d’une série et dans ce cas, pourrait-on voir les photos avant et après la poignée de main de Bruel ? Pour savoir si Nicolas Sarkozy l’a regardé dans les yeux à un moment donné ?
- Patrick Bruel porte-t-il la même montre que le président ?

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