Avec « The island », Michael Bay a réussi le tour de force de ma faire passer de la joie de visionner un excellent film d’anticipation à la colère de le voir se transformer en nanar d’action à la Jean-Claude Van Damme.
Une société humaine souterraine
Tout commence de façon très subtile et mystérieuse. Ewan Mac Gregor interprète le rôle de Lincoln Six-Echo. Il vit dans une ville souterraine aseptisée, à l’abri de la toxicité de l’atmosphère. Avec des centaines de compagnons, hommes et femmes, il suit une vie réglée comme une horloge. Du lever au coucher, chaque action (habillage, repas, travail…) est règlementée. Tout le monde s’habille en blanc, suit un repas diététique adapté, fait du sport régulièrement…
De temps à autre, cette organisation méticuleuse est interrompue par le tirage d’une loterie officielle, retransmise en direct sur tous les écrans. Le ou la gagnant(e) se voit décerner un aller simple pour « l’île ». Cette destination paradisiaque est le seul endroit de la planète préservé de la toxicité. Elle représente le paradis perdu, la vraie vie, l’espoir pour toute la population…
Lincoln est préoccupé par tout cela. Il ne comprend pas pourquoi tous ses vêtements sont blancs, pourquoi il ne peut manger ce qu’il préfère…. Des petits détails commencent à l’obséder, au grand dam de Merrick, le médecin responsable de son suivi (Sean Bean).

- J’aimerai bien gagner à la loterie !
Heureusement, son quotidien est illuminé par Jordan Two-Delta, la belle qui lui permet de transgresser le choix de nourriture. Bien que les surveillants l’en dissuade, il cherche à la voir, à entrer en contact physique avec elle. Car, tout sentiment est absent de la vie des citadins. Les relations sont prohibées de manière à contrôler la natalité.
Michael Bay parvient à nous embarquer dans cette histoire de science fiction grâce à des décors réussis et des détails bien vus (l’habillement, la nourriture…) Comme toujours dans ce genre de scénario, on se doute que la réalité cache bien des secrets, mais on peine à les deviner car l’ensemble est cohérent et visuellement parfait.
Un insecte grain de sable
Mais, Lincoln découvre alors l’impensable. Il a en effet l’habitude de visiter les galeries souterraines où il rencontre parfois McCord (Steve Buscemi), un technicien étrange. Celui-ci lui parle en employant des mots inconnus et semble différent de Lincoln, pour une raison inexplicable.
Alors, qu’il vagabonde dans des coursives, Lincoln tombe sur un insecte ! C’est une découverte extraordinaire pour lui. Aucun insecte ne vit dans la ville, c’est donc qu’il vient de l’extérieur. S’il vient de l’extérieur, c’est que l’air n’est plus toxique…
Dès lors, tout s’enchaîne. La réalité fait place au cauchemar. Lincoln s’aventure dans les recoins les plus sombres de la ville et finit par atterrir dans des couloirs où il voit que les gagnants de la loterie ne partent pas pour l’Ile, mais sont en fait victimes d’opérations chirurgicales. Il s’agit d’utiliser un de leur organe, ou même leur bébé, pour des gens étrangers à la ville.
Qui sont ces gens ? Qu’y-a-t-il à la surface ?
Le mystère est total. Cette première partie de film est réussie, très bien interprétée et augure d’une suite palpitante. Lincoln emmène Jordan avec lui pour lui éviter d’aller chercher son ticket pour l’Ile, qu’elle vient de remporter…

Les deux personnages courent alors vers la surface, désorganisant la petite vie orchestrée de leurs compagnons. Après bien des dangers, ils aboutissent dans un désert ensoleillé et marchent vers l’inconnu. Enfin, presque, puisque par un tour de passe-passe scénaristique, il retrouvent McCord, dans un bar glauque. Voila pourquoi il semblait si différent ! Il vivait à la surface…
McCord leur apprend qu’ils ne sont que des clones. De riches personnes paient la société dirigée par Merrick pour entretenir des clones, sortes de polices d’assurances contre la maladie ou les accidents. Lincoln et Jordan sont donc voués à mourir lorsque la personne à qui ils appartiennent aura besoin d’une partie du corps pour se faire soigner !
C’est ce moment que choisit Michael Bay pour torpiller son film.
Une seconde partie catastrophique
Alors que jusque là il réalisait une œuvre passionnante, il enchaîne les scènes d’action sans aucun intérêt. Comme les deux héros sont poursuivis par de méchants tueurs à la solde de Merrick, il sont obligés de démolir des centaines de véhicules (voitures, motos, hélicoptères, camions…) entrainant des explosions impressionnantes d’inutilité.

On croit assister à un remake de « Speed » ou de « Die hard ». Les héros sont invincibles : ils peuvent tomber dans le vide de plusieurs dizaines de mètres, se faire tirer dessus par des mitrailleuses, avoir des accidents de voiture, ils ne sont pas touchés ! Le nombre de mots prononcés descend à un par minute (en comptant les « aaaahhh » des méchants lorsqu’ils meurent)
Sur la fin, Michael Bay se souvient qu’il avait une histoire au démarrage du film. Il trouve alors une fin bâclée, tellement prévisible qu’elle en devient risible. On a droit à un remake de « Volte/face » avec Lincoln et son cloné : qui est le méchant ? qui est le bon ?
Et… devinez quoi ? Tout est bien qui finit bien.
La seconde moitié du film est donc bonne à jeter. C’est d’autant plus dommage que la première était réellement de très bonne qualité. A croire que ce film a été réalisé par deux personnes : un sous-fifre pour la première partie et Michael Bay pour la seconde, puisqu’il est spécialiste du film d’action.
Question : qui connait le nom du sous-fifre ?
La Prise éclectique