« The lost Room » est une mini série américaine surprenante ! Si vous ne l’avez pas vue, je vous conseille de ne pas lire ce qui suit et de regarder les six épisodes rapidement.
Années après années, les USA nous vendent leurs séries télévisées , fabriquées à la chaine, comme des boites de sardines à l’huile. Au début on trouve ça bon, mais après on est vite écœuré. Heureusement, les scénaristes américains sont excellents et finissent par inventer de nouvelles histoires, pleines de rebondissements et de surprises. En voici une !
Au début était une clé
L’histoire de cette « chambre perdue » est énigmatique. Joe Miller, flic , enquête sur des victimes de meurtres, retrouvées étrangement brulées. En suivant une piste, il découvre l’existence d’une clé. En apparence banale, celle-ci a fait l’objet d’une tractation qui a mal tournée.
Joe hérite finalement de la clé et apprend son secret : elle ouvre toutes les portes. Attention, ce n’est pas un vulgaire passe-partout ! Lorsque vous ouvrez une porte avec cette clé, elle vous amène là où vous voulez. N’importe où dans le monde ! Il suffit de le vouloir et c’est fait !
Dans un premier temps, aucune explication n’est apportée sur la propriété particulière de la clé. Joe s’en sert toutefois lorsqu’il se rend compte qu’elle est convoitée par les meurtriers qu’il recherche. L’intrigue s’obscurcit alors petit à petit.

D’autant plus, que la clé ouvre les portes en priorité sur une chambre d’hôtel vide, perdue au milieu d’un désert ensoleillé. La pièce semble figée dans le temps (quelques dizaines d’années dans le passé ?). Pourquoi cette pièce là ? Où se trouve-t-elle ? Joe ne peut sortir réellement de ce lieu qu’en utilisant la propriété de la clé qui l’amène à l’endroit de son choix…
Des objets aux propriétés incroyables
Joe Miller croise alors le chemin de Wally Jabrowski, petit homme étrange, qui a la capacité extraordinaire de faire disparaitre les gens en leur tapant dessus avec un ticket de bus ! Lorsque Joe est victime de ce coup de ticket, il se retrouve instantanément propulsé dans un désert aride… Il lui faut franchir une porte pour revenir dans la ville !
Dès lors, Joe poursuit Wally et finit par lui faire cracher le morceau : il existe des dizaines d’objets aux propriétés différentes, du type de la clé ou du ticket de bus. Les personnes qui entrent en possession de ces objets sont alors frappées de malchance car les objets sont convoités et leurs propriétés ne sont pas toutes connues. Certains objets, utilisées en même temps, ouvrent des perspectives encore plus extraordinaires.

Les scénaristes ont eu un coup de génie en intégrant du fantastique, non pas sur les héros (comme « Heroes ») ou un lieu (comme « Lost ») mais sur des objets de la vie quotidienne. Si on adhère au postulat que ces objets sont en quelques sortes magiques, ou divins, cela ouvre de superbes créations scénaristiques.
Heureusement, la réalisation de la série est soignée et les personnages crédibles. Le fait de découvrir les objets et ceux qui les portent de façon très progressive, permet de bien s’imprégner de l’ambiance sombre et inquiétante de l’histoire. On se croirait dans un scénario de jeu d’aventure, de type « point & click », ou un « escape room ».
L’affaire se complique
Pour ajouter au suspense, Joe finit par commettre une boulette. Sa fille, enlevée par les meurtriers de départ, est obligée de fuir par une porte (ouverte par la fameuse clé) qui s’est ouverte sur la chambre étrange. Malheureusement, la porte se ferme avant que Joe ne la rejoigne. Lorsqu’il ouvre la porte de nouveau, la chambre d’hôtel est vide.

Une des particularités de la chambre est que tout objet spécial qui y est enfermé se retrouve à un endroit bien précis de la pièce lorsque vous y retournerez. Comme si l’objet reprenait la place qu’il n’aurait jamais duû quitter. Par contre, un objet qui n’a pas de propriété étrange (ou une personne ?) disparaît de la pièce, comme s’il n’avait rien à y faire !
Cela donne des scènes remarquables (comment déceler le peigne magique parmi une douzaine d’autres, comment sortir le réveil d’un coffre blindé ?) Ces trouvailles parsèment la série et lui donnent un relief amusant et pourtant très mystérieux...
Joe Miller a donc comme objectif de retrouver sa fille car il est soupçonné de l’avoir enlevée. On entre dans une phase bien connue des séries : le héros est en cavale, seul, avec une énigme incroyable à résoudre. Depuis « le fugitif », on a pas trouvé mieux pour piéger le téléspectateur !
L’histoire des objets
Durant la première partie de la série, Joe va de découverte en découverte. Il apprend que les objets sont collectionnés, traqués, stockés et utilisés par différentes organisations : la Légion et l’Ordre. Toutefois, des particuliers peuvent également entrer en concurrence avec ces sociétés secrètes pour l’obtention de certains objets, aux propriétés intéressantes, par inadvertance ou de façon préméditée.
La série prend de la consistance grâce à ces révélations. On devine que tous ces objets se trouvaient à l’origine dans la chambre d’hôtel et qu’il s’y est passé quelque chose de terrible. Ce qui aurait provoqué un phénomène paranormal et donné ces propriétés aux objets de la chambre. Joe devra surement résoudre cette énigme pour retrouver sa fille !
On se prend alors à redouter pour le héros l’utilisation d’un peigne, d’une lime à ongle ou d’une simple clé ! A contrario, endosser une veste en apparence banale pour se protéger de la pluie peut lui sauver la vie !

Le téléspectateur est donc embarqué dans le délire, grâce à des effets spéciaux réussis, qui n’envahissent pas l’écran. On prend plaisir à échafauder des solutions tout en suivant l’évolution très rythmée de l’histoire. On ne s’ennuie pas, on est intrigué, on réfléchit !
La seconde partie de la série accélère encore. Les auteurs ne s’attardent pas sur l’étrange communauté de collectionneurs d’objets. Ils troquent, achètent, vendent, écrivent des livres, échafaudent des théories, des bases de données sur les objets. Joe parvient à de surprenantes révélations, grâce à la clé et à son sens de la déduction.
On trouve une galerie de personnages obsédés par les objets. La fouine appelé aussi l’homme au stylo. Et, Karl Kreutzfeld, riche collectionneur, en quête du pouvoir suprême par l’intermédiaire des objets. Ces personnages ont une face sombre et une face claire mais on ne sait jamais quelle face prendra le dessus.
Bravo pour cette mini-série de grande qualité ! Du fait qu’elle soit courte permet aux téléspectateurs de ne pas subir des rebondissements artificiels, dans le but de rajouter des épisodes. La conclusion se suffit à elle-même, pourtant, on aurait bien envie d’une seconde saison, pour en savoir plus sur ces objets étranges !
La Prise éclectique